Quoi! ces vingt-quatre fétiches, ces vingt-quatre idoles, selon que celle-ci est mise avant celle-là, et celle-là avant celle-ci,—vous imposent toutes leurs volontés!
La presse est un pouvoir immense qui n’en reconnaît aucun au-dessus de lui,—ni aucun à côté de lui.
La presse demande compte de ses actions et de ses pensées au capitaine comme au législateur, à l’agriculteur comme au marin, à l’artiste comme au savant.
La presse est donc dirigée par les savants, les artistes, les agriculteurs, les marins, les capitaines, les législateurs les plus illustres, les plus infaillibles et reconnus par tout le monde comme les plus sages et les plus érudits—pour qu’ils osent ainsi parler d’en haut à tout le monde?
Non, la presse est dirigée par des écrivains—et non pas même par les écrivains les plus illustres du pays;—il n’y en a pas dix dans tous les journalistes dont vous sachiez les noms.
Que le plus fort de tous ces autocrates parle dans une assemblée,—on ne l’écoutera pas;—mais que ses paroles arrivent par la poste, imprimées sur un carré de papier, on ne s’avisera pas de les révoquer en doute, si ce n’est sur la foi d’un autre carré de papier.
Contrairement à la religion du Christ, l’esprit est une religion qui périrait, par l’incarnation; c’est un dieu qui doit ne se manifester que par le bruit de sa colère et de sa foudre, et qui est perdu quand il se montre lui-même.
Grand Dieu! toutes les puissances donnent leur démission, parce qu’il n’y a plus de croyances à une époque où les hommes ont la charmante naïveté de se laisser gouverner par vingt-quatre morceaux de plomb, du papier et de l’encre.