—L’ordonnance n’en dit pas un mot.

Il fallut encore relâcher le réfractaire—et publier un nouvel erratum, qui annonçait que la chandelle devait être allumée.

Le dernier des synonymes au moyen desquels on traite, comme vous savez, le roi Louis-Philippe, mon illustre ami,—selon le National, le Journal du Peuple, et divers autres carrés de papier,—a été inventé par Me Partarrieu-Lafosse, dans le procès des lettres attribuées au roi.—Cet honorable accusateur public ayant eu, entre autres saugrenuités, le malheur d’établir une niaise et puérile distinction entre Louis-Philippe, duc d’Orléans, et Louis-Philippe, roi de France,—la presse s’en est emparée, et, parodiant, d’après le ministère public, le mot d’un autre duc d’Orléans devenu roi de France:—«Qu’il n’appartient pas au roi de France de venger les injures faites au duc d’Orléans,»—elle s’en donne à cœur joie sur ce sujet,—en éludant une loi dont l’extension ne pourrait lui être appliquée sans qu’on commençât par faire le procès à ce malencontreux Me Partarrieu-Lafosse;—et les journaux opposants jouent, à l’abri de la loi, depuis un mois, d’incessantes variations sur ce thème:—Louis-Philippe, duc d’Orléans, est un ci,—est un là,—et un pis encore...—le tout soit dit sans attaquer la personne de Louis-Philippe, roi de France.

Ainsi donc les lois coërcitives de la presse ne préviennent rien et ne réparent rien;—elles ne font que donner à l’expression de la pensée des journaux un nouvel attrait de variété,—d’audace et d’adresse,—trois choses qui ont beaucoup de partisans,—qui se laissent facilement accoquiner au parti qui les possède ou qui paraît les posséder.

La presse libre n’aurait plus de prétexte pour la guerre de buissons qu’elle fait au pouvoir.—Chaque journal serait obligé de dire tout haut ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas;—on combattrait alors à découvert et en plaine.

Art. 3.—Chaque article sera signé du nom réel de son auteur.

Ceci est une garantie qu’aucun homme qui prétend à la loyauté n’a le droit de refuser, du moins tout haut;—cela arrache à la presse ce prestige mystérieux si connu des anciennes royautés de l’Orient,—qui a, pour un journaliste, l’avantage de le dérober aux représailles d’agression et de personnalités,—masque dont la suppression forcera l’écrivain de se fixer à l’égard des autres les bornes qu’il désirera pour lui même, et donnera à chaque article sa valeur réelle,—en laissant voir que tel qui parle si haut de moralité et exerce une inquisition si sévère dans la maison de verre que la presse, retirée prudemment dans ses sombres cavernes, a faite à tous ceux qui ne sont pas avec elle,—a eu bien du mal, après un souper trop prolongé, à retrouver la porte de l’imprimerie où il venait la plume à la main exiger d’autrui toutes les perfections et toutes les vertus dont la liste est d’autant plus longue qu’elle se compose de celles qui lui manquent.