—Eh! le domestique que monsieur m’a dit de louer.

J’étais pris; je voulus faire les choses de bonne grâce.—D’ailleurs, si le drôle m’avait joué un tour, je pensais le déconcerter en n’ayant pas l’air de m’en apercevoir.

Je répondis que c’était bien,—et le jour même le domestique d’Apollon Varaï entra en fonctions.—Au bout de huit jours nous y étions parfaitement habitués l’un et l’autre;—et quand je disais: «Varaï, envoie ton domestique porter cette lettre,» ce n’était plus une plaisanterie ni pour lui, ni pour moi.—Quant à lui, du reste, il avait le sérieux imperturbable d’un singe, auquel il ressemblait sous beaucoup de rapports. Une chose m’intéressait singulièrement dans leurs relations,—c’est la rigueur extrême avec laquelle le noir traitait son domestique.—J’étais souvent obligé d’intercéder pour le pauvre blanc,—et Varaï me disait:

—Monsieur, si vous l’écoutez, il ne fera rien, il est très-paresseux.

Varaï, cependant, s’était débarrassé sur lui de toutes les corvées. C’était le blanc qui cirait et mes bottes et celles du noir quelquefois.—Je disais à Varaï:

—Ton domestique a mal ciré mes bottes.—On a été trop longtemps dehors.

Et Varaï descendait faire un bruit affreux.

Un jour,—je sonnai Varaï,—et je lui dis:

—Donne cette lettre à porter à ton domestique.

—Monsieur,—me répondit Varaï,—je la porterai moi-même.