ARBOR SANCTA.—Comme le mois dernier—je vous parlais—de vos croyances—à cette époque d’incrédulité,—je vous rappelais le chou colossal.—Savez-vous ce qu’a produit ce souvenir?—une grande défiance des annonces des journaux? Nullement: l’idée à un monsieur de renouveler la plaisanterie.

Il y a deux ou trois ans,—on vit, à la quatrième page de tous les journaux de toutes les couleurs, un éloge pompeux d’un nouveau chou.—Je vous ai souvent fait remarquer la touchante unanimité des organes de l’opinion publique quand il s’agit de choses se payant un franc la ligne.

Ce chou était le vrai chou:—les choux qu’on avait vus jusque-là n’étaient que des ébauches, des embryons de choux,—le chou colossale de la Nouvelle-Zélande—servait à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnait un ombrage agréable pendant l’été;—c’était un peu moins grand qu’un chêne,—mais un peu plus grand qu’un prunier.—On vendait chaque graine un franc.

On en achetait de tous les coins de la France.—Je me permis quelques plaisanteries à ce sujet.—«Ah! le voilà encore,—dit-on,—il ne veut croire à rien.»

Je croyais, au contraire, beaucoup à la crédulité d’une partie de mes contemporains, et à l’effronterie de l’autre partie.

Au bout de quelques mois,—les graines du chou colossal de la Nouvelle-Zélande avaient produit deux ou trois variétés de choux connues et dédaignées depuis longtemps;—la justice s’en mêla,—je ne sais trop pourquoi,—car c’est ainsi à peu près que travaille le commerce.—Le vendeur voulut soutenir que ses graines étaient réellement les graines du chou colossal de la Nouvelle-Zélande,—mais que le terrain de ce pays ne leur convenait pas,—ou qu’on les avait changées en nourrice.

Toujours est-il qu’à peine avais-je rappelé cette mystification,—on vit paraître dans les journaux,—quatrième page,—une gravure représentant un chêne—et une note ainsi conçue:

«Les pépiniéristes,—les horticulteurs et tous les amateurs des jardins—trouveront à Paris, rue Laffitte, 40,—une collection de graines de l’ORGUEIL DE LA CHINE, arbre importé par un planteur de la Louisiane en France, où il va devenir avant peu l’ornement de tous les jardins.

«Cet arbre se reproduit de graines,—et on le sème d’octobre à novembre.»

C’était moins bien fait que le chou colossal:—on n’aime pas semer des arbres qui ont besoin d’une dizaine d’années pour croître;—une seule chose me parut intelligente,—c’est le soin d’annoncer que ce chou se semait d’octobre à novembre,—pour brusquer le débit.