UN ANCIEN—de Vanitate scientiarum.

Δεἱ πινειν μετριως, «il faut boire avec mesure.»—ANACRÉON.

Parbleu! je profiterai de la circonstance—pour parler un peu d’Anacréon. Beaucoup trop de gens ont été trouvés la nuit au coin des bornes, qui s’en consolaient et n’en avaient nulle honte,—prétendant leur cas un simple ébat anacréontique.

Or, les trois mots que je viens de vous citer sont le titre d’une petite pièce d’Anacréon:—ces trois mots sont déjà assez significatifs;—voyons, cependant, de quelle mesure entendait parler Anacréon.

«Esclave, dit-il, mets dans ma coupe cinq mesures de vin et dix mesures d’eau.»

Δἑχ ἑγχεἁς
δατος, τἁ πἑντε δ’οἱνου

boisson qui me paraît être assez voisine de l’eau rougie.

J’aimais encore mieux, à vous dire franchement mon avis, les soupers où on se grisait et où on chantait—que les banquets politiques où on ne se grise pas moins et où on traite des intérêts sérieux, où l’on improvise des constitutions et des grands hommes; j’aimais mieux de bonnes grosses figures rouges, réjouies, débraillées, que des figures grimaçant la dignité et faisant de longs discours ennuyeux, empruntés à un journal, qui les reproduira le lendemain.

Hélas!—la pauvre chanson,—cette création des Français,—elle est devenue une ode, et elle en est morte;—toutes ces sociétés chantantes—des enfants du délire, des fils anacréontiques d’Apollon, qui n’étaient que ridicules, qui s’amusaient et qui n’ennuyaient personne, ont été remplacées par les gueuletons, où on parle, où on ne s’amuse pas, où on ennuie les autres, et d’où il sort des phrases boursouflées pour lesquelles nous sommes depuis onze ans en pleine guerre civile.

Le hasard m’a fait apprendre où en est réduit le Caveau, cette espèce d’académie plus buvante et chantante et souvent plus spirituelle que l’autre.