Je me rappelle un temps où Henry Monnier n’avait pas de plus grand plaisir que de chercher les métiers bizarres et inconnus auxquels se livrent certaines gens. Il a fait ainsi de singulières découvertes. En voici un qu’il n’a pas trouvé, et que ni lui ni moi n’aurions inventé.
Les habitants de la campagne ne sont guère exposés, en fait de maladies, qu’à des pleurésies et des fluxions de poitrine,—on leur ordonne des sangsues.—Le village d’Augerville-Bayeul est situé à cinq lieues de Havre,—d’où il tire ses sangsues. Au Havre chaque sangsue coûte sept sous. C’est fort cher. Une brave femme du pays a imaginé de louer des sangsues,—elle en a acheté une vingtaine et elle s’est faite bergère de ce noir troupeau,—elle les soigne et les entretient; quand un malade a besoin de sangsues, elle en loue la quantité demandée à l’heure ou à la saignée;—l’opération faite, on lui rapporte ses sangsues.—Si quelqu’une de ses sangsues meurt ou fait une maladie entraînant incapacité de travail, elle se fait payer la valeur de la morte,—ou convenablement indemniser de la perte qui résulte de l’indisposition de son animal.
Le monsieur qui annonçait dans les journaux—des graines de l’orgueil de la Chine à vendre,—rue Laffitte, 40,—a profité de l’avis que je lui ai donné dans le volume du mois dernier.
Je faisais remarquer que les annonces publiées pendant le mois d’octobre—portaient que cet arbre—se semait d’octobre à novembre,—et que les annonces insérées dans les journaux—omettaient cette particularité.
Qu’a fait le monsieur,—le planteur de la Louisiane?—Il a continué à publier des annonces à la quatrième page des journaux;—seulement dans ces dernières annonces publiées tout le long du mois de novembre,—l’orgueil de la Chine—(en chinois arbor sancta) ne se sème plus du tout d’octobre à novembre,—il se sème maintenant de la mi-octobre jusqu’à la mi-mars.
Pas avant,—pas après.
Mais que feront ces braves gens qui, sur la foi de la première annonce,—ont acheté et semé de la graine de l’orgueil de la Chine?
Ces gens-là, dites-vous?