Le Constitutionnel, en parlant d’un repas donné par M. O’Connell, a fait une énumération qui a lieu d’étonner de la part d’un journal qui compte au nombre de ses fondateurs des hommes qui passent pour savoir manger.
On lit dans le menu du Constitutionnel: «Cent pommes de pin» (pine apple, que le Constitutionnel traduit par pommes de pin—veut dire ananas. Il y a de quoi rompre la bonne harmonie qui existe, d’après certains journaux, ou qui n’existe pas, d’après certains autres, entre la France et l’Angleterre, en prêtant de semblables nourritures à nos voisins). Le Constitutionnel ajoute: «Trente plats d’orange et autres tourtes.»
Ce mot me rappelle une locution semblable d’un portier que j’ai eu et qu’on appelait M. Gorrain. «Monsieur, disait-il, malgré les crimes des jésuites, il ne faut pas oublier que c’est à eux que nous devons l’importation des abricotiers, des dindons et d’une multitude d’autres fruits à noyau.»
L’autre jour,—dans une maison—où on lisait le journal à haute voix, le lecteur arriva à cette anecdote:
«Le roi était attendu hier, vers une heure, au château des Tuileries.—Tout à coup des cris: Au secours! un homme se noie! se font entendre,—dix batelets se détachent de la rive,—on saisit un homme qui allait disparaître,—on le porte au bureau de secours,—puis chez le commissaire de police,—où cet homme déclare que c’est la misère qui l’a poussé à cet acte de désespoir.»
Le lecteur s’arrêta.
—Continuez donc, lui dit la maîtresse de la maison.
—Mais c’est tout; il y a un point.
—Mais non;—il est impossible que le roi n’ait pas fait donner des secours... Tournez la page.