Un M. Doyen, âgé de quatre-vingt-six ans, vient de faire entériner par la cour royale des lettres patentes qui lui confèrent le titre de baron;—ces lettres ne sont que la confirmation d’un titre qui remonte à 1628.—C’est s’aviser un peu sur le tard, et cela ressemble un peu à ce que faisaient les seigneurs qui voulaient mourir dans un habit de moine de quelque ordre religieux,—supposant sans doute qu’ainsi déguisés ils ne seraient pas reconnus à la porte du paradis et y entreraient plus sûrement;—pour ce qui est de M. Doyen, le lendemain de l’entérinement de ses lettres patentes, il était déjà, et pour ce fait, exposé aux avanies de quelques journaux.

Au premier abord, on pourrait s’étonner de voir à la même époque tant de manifestations de mépris pour les titres et les honneurs,—et tant d’avidité pour s’en affubler;—c’est que les gens qui crient le plus ont moins de haine pour les dignités que pour ceux qui les possèdent; que ce mépris est tout en paroles et n’est qu’une façon de dire de l’envie.

Quand Jésus-Christ chassa les marchands du temple,—c’était avec une corde;—on a employé des moyens plus doux pour M. Ollivier, qu’on a fait évêque.—On assure que c’est sur les instances réitérées du directeur de l’Opéra, qui voulait se débarrasser d’une dangereuse concurrence:—Saint-Roch, succursale de l’Académie royale de musique sous M. Ollivier, est redevenu une église sous M. l’abbé Fayet.

M. Ingres, un peu enflé des éloges qu’on lui a récemment donnés avec une sorte de frénésie,—s’est laissé longtemps supplier par M. le duc d’Orléans de faire son portrait;—il a fini par céder aux instances du prince royal, à trois conditions: 1º que M. le duc d’Orléans poserait chez lui, M. Ingres;—2º qu’il revêtirait tous les jours l’uniforme adopté et qu’il poserait au moins cent cinquante fois;—3º que le portrait ne lui serait payé que trois mille francs.—M. le duc d’Orléans a accepté toutes ces conditions, et même la dernière.

On doit s’élever avec indignation contre le système appliqué en France aux prévenus.

D’après les statistiques des tribunaux, sur cinq accusés il n’y a pas deux condamnations;—donc, un prévenu a trois chances contre deux pour être dans quinze jours:—un homme que la société a injustement arrêté,—emprisonné,—flétri aux yeux de bien des gens,—gêné et peut-être ruiné dans ses affaires,—humilié et désespéré,—un homme pour lequel il n’est pas de réparations trop grandes.

Le prévenu doit être traité avec tous les égards possibles;—s’il est plus tard reconnu coupable,—la loi le punira;—mais, s’il est déclaré innocent,—comment réparerez-vous votre erreur? tâchez donc du moins qu’elle ait les conséquences les moins fâcheuses qu’il vous sera possible.