Personne n’a le droit d’infliger un mauvais traitement à un prévenu,—quelque léger qu’il soit;—un prévenu doit être transporté,—s’il y a lieu,—avec toutes les aises imaginables et aux frais de la société.

Que le prévenu soit homme de la presse ou cordonnier,—c’est tout un;—tant qu’il n’est pas condamné, il est innocent, il a droit à tous les égards qu’on aurait pour un innocent, bien plus: à ceux qu’on aurait pour un innocent injustement accusé.

D’ailleurs, s’il est coupable, son châtiment, sous quelque forme que ce soit, ne doit pas commencer avant que la loi l’ait prononcé.

C’est une chose qu’on ne saurait trop rappeler à messieurs de la justice dans tous les degrés de la hiérarchie,—c’est une honte pour un pays tout entier qu’il n’y ait pas de lois qui puissent préserver un innocent des ignobles traitements qu’on fait subir aux prévenus.

Un matin que j’étais avec M...y,—il lui prit une sainte colère contre la phraséologie des journaux et contre la crédulité de ceux qui les lisent. Il nous en tomba un sous la main qui parlait de je ne sais plus quelle mesure que l’opinion publique flétrissait.

Nous nous demandons d’abord:—Qu’est-ce que l’opinion publique? et qu’est-ce que le carré de papier que voici? Qu’entend-on par ces paroles, «l’opinion publique,» l’opinion publique veut-elle dire l’opinion de tout le monde?

Non, par deux raisons: la première, c’est qu’une mesure ou n’importe quoi qui serait blâmé par tout le monde ne pourrait pas subsister un instant; il faut donc excepter au moins de tout le monde: 1º ceux qui prennent la mesure; 2º ceux qui la soutiennent; 3º ceux qui en profitent.

La seconde raison, est que voici cinq autres carrés de papier:—trois approuvent la mesure et se disent les organes de l’opinion publique;—deux autres,—aussi organes qu’eux de l’opinion publique,—n’en disent pas un mot.