Et BOSSUET: C’est là que règne un pleur éternel?
Je termine ce travail—en constatant que l’œuvre que nous venons d’examiner est un des morceaux les plus remarquables sous les deux rapports de la pensée et du style—qu’ait produits jusqu’ici la littérature politique des carrés de papier se disant organes de l’opinion publique ou boulevard des libertés.
LE SECRET DE LA PARESSE.—Il y a deux ennemis irréconciliables, acharnés, mortels,—comme le sont les gens forcés de vivre ensemble:—ce sont le corps et la pensée,—la partie matérielle et la partie intellectuelle de notre être.
Tout le monde a éprouvé, au moment de se mettre au travail,—une sourde hésitation, suite d’une lutte entre l’esprit qui veut et le corps qui ne veut pas:—tous les poëtes anciens en ont parlé;—quel est l’homme d’ailleurs qui n’a pas entendu mille fois au dedans de lui le dialogue suivant:
LA PENSÉE. Les formes incomplètes et sans contours qui passent devant moi avec des nuances douteuses et changeantes—semblent prendre un corps et une couleur,—le nuage se dissipe, le chaos a cessé de s’agiter, tout se met en ordre; travaillons.
LE CORPS. Il fait un beau soleil,—peut-être le dernier de l’année,—on trouverait, j’en suis sûr, encore une violette en fleur sous les feuilles sèches;—nous devrions aller nous promener dans le jardin.
Cette proposition maladroite, sans précautions oratoires, n’obtient d’ordinaire aucun succès; c’est comme si l’on disait à un homme qui a soif: «Voilà un excellent morceau de pâté.» La pensée ne daigne pas seulement répondre,—elle s’obstine à vouloir travailler et à contraindre le corps à prendre la plume.
Celui-ci, qui est paresseux, comme vous savez,—comprend alors qu’il ne faut pas heurter de front cette fantaisie de travail,—mais qu’il faut, au contraire, y rattacher d’une manière indirecte la distraction qui doit plus tard la détruire.
LE CORPS. Le grand air rafraîchit la tête et fait du bien à l’imagination, et puis, il y a tant de souvenirs pour vous, ma belle, dans ces fleurs que vous m’avez fait planter,—et que vous me faites arroser l’été,—que vous serez d’autant mieux disposée au travail quand vous les aurez revues quelques instants.