Si le corps est assez sot pour se laisser prendre à cette fausse sollicitude,—pendant qu’il s’agite machinalement dans cet étroit espace,—la pensée, qui n’a que faire à cela, s’envole et lui échappe.
Il y a, il est vrai, des corps innocents et niais qu’on peut occuper et distraire avec la moindre des choses: ils se laissent prendre à jouer du piano sur leur table;—un poëte de mes amis a un corps qui s’amuse à s’arracher un à un les cils des yeux.
Mais il en est de plus récalcitrants,—ceux-là se défient de toute occupation qui leur est indiquée par la pensée, il faut qu’elle ne compte que sur un hasard extérieur,—sur un de ces bruits monotones qu’on entend sans l’écouter; le vent qui souffle dans les feuilles,—une cloche qui tinte,—la pluie qui bat les vitres,—la mer qui gronde au loin.
Ces bruits le bercent, et il s’endort comme Argus aux sons de la flûte de Mercure;—puis tout à coup il se réveille en sursaut,—et il s’aperçoit que la pensée l’a laissé là,—il la regarde,—il la suit d’un œil hébété,—comme l’enfant entre les mains duquel vient de glisser une fauvette,—il la voit sur la plus haute branche d’un acacia secouer ses plumes au soleil,—il l’entend chanter librement.
Et le pauvre corps, qui s’ennuie alors de n’avoir plus l’esclave intelligente qui lui invente des plaisirs et l’aide à les conquérir, passe par les conditions qu’elle veut lui imposer pour la faire redescendre,—octroie une charte,—et consent à écrire sous sa dictée.
Janvier 1842.
Règlement de comptes.—Un pèlerinage.—M. Aimé Martin.—M. Lebœuf et une trompette.—Un colonel et un triangle.—Jugement d’un jugement.—Le colin-maillard.—Les cantonniers des Tuileries à la place Louis XVI.—Les nouveaux pairs.—M. de Balzac et une petite chose.—La quatrième page des journaux et les brevets du roi.—M. Cherubini.—Le général Bugeaud.—A quoi ressemble la guerre d’Afrique.—Une bonne intention du duc d’Orléans.—La Chambre des députés.—Consolations à une veuve.—Un joli métier.—Aménités d’un carré de papier.—Une besogne sérieuse.—Correspondance.—Un secret d’influence.—Les écoles gratuites de dessin.
A la fin de l’année,—il faut, quand on le peut,—régler ses comptes.
Je trouve deux notes sur mon agenda: