M. Lebœuf entend: C’est Rubini.
Après dîner, il s’approche de M. Cherubini, l’homme le plus féroce de France, et lui dit gentiment:
—Il faut avouer, monsieur, que vous ne paraissiez pas votre âge à la scène.—Est-ce que vous n’allez pas nous chanter quelque chose tout à l’heure?
M. Cherubini lui lance un regard froid et mortel comme une pointe d’acier,—lui tourne le dos, et s’en va au maître de la maison, auquel il dit presque haut, en lui montrant M. Lebœuf:
—Quel est, etc.
Mais je ne puis répéter ce que dit en cette circonstance M. Cherubini.
Quand M. Bugeaud a été envoyé en Afrique, les Guêpes seules, au milieu de l’indignation des journaux, ont osé prédire les succès qu’il y obtiendrait. Dernièrement, M. Bugeaud avait, dit-on, demandé un congé pour assister au commencement de la session.—On l’a cru en disgrâce, et les journaux, qui avaient tant blâmé son départ, ont alors commencé à crier contre son retour.—Il n’y avait pas assez d’éloges pour M. Bugeaud, brouillé avec le château:—il allait passer à l’état de héros invincible.—Quand on a su qu’il ne revenait pas, et qu’il n’était nullement en disgrâce,—l’enthousiasme s’est refroidi aussi subitement qu’il s’était allumé.
Puisque nous parlons des affaires d’Alger, disons un mot de ce gouffre d’hommes et d’argent:—la Chambre des députés aime mieux faire à perpétuité à la terre d’Afrique une rente de six mille cadavres français—que d’accorder une fois le nombre d’hommes suffisant pour en finir.
La situation des Français en Afrique est précisément celle d’un joueur qui a deux dames quand son adversaire n’en a qu’une;—celui qui a deux dames a évidemment l’avantage,—mais il ne pourra, faute d’un pion, prendre la dame que son adversaire promène sur la grande ligne du damier;—il aura toujours l’avantage, mais il ne gagnera jamais la partie.