Le caractère et le goût des peuples changent avec l’âge.—La France a aimé longtemps la gloire militaire,—aujourd’hui elle aime l’argent, et elle veut de l’économie; la gloire est chère, on n’en a pas au rabais; il n’y a pas moyen d’allier ces deux passions.

Dans le golfe de Lyon, deux braves marins, Layec et Hervé, du navire la Marianne,—ont péri en sauvant l’équipage de la Picardie.

M. le duc d’Orléans a fait remettre à M. Achille Vigier, député du Morbihan, une somme de deux cents francs destinée aux veuves de ces deux héros.

Deux cents francs!—C’est de quoi retarder la mendicité de quelques mois pour les veuves de deux hommes qui sont morts de la mort la plus belle et la plus héroïque.

Il faut savoir gré à M. le duc d’Orléans de sa pensée, et le plaindre de n’avoir pas près de lui des personnes qui puissent en diriger l’application.

Mais,—voyez-vous,—jamais les hommes n’accorderont autant d’admiration et de respect à l’homme qui sauve son semblable qu’à celui qui le tue.

Le vieux proverbe «qui aime bien châtie bien» doit être retourné, et n’a été imaginé que pour donner un air vertueux de reconnaissance à l’affection naturelle qu’ont les hommes pour ceux qui leur font du mal;—il faut dire «aime bien qui est bien châtié.»

On n’aime que les gens et les choses dont on souffre,—il n’y a d’amour réel que l’amour malheureux,—il n’y a de patrie que pour les exilés.

Entre deux amants,—s’il y en a un—(et il en est toujours ainsi, ajoutons: presque, pour ne pas trop faire crier) qui accable l’autre de douleurs et de tortures, c’est celui-là qui est aimé et adoré;—l’autre, pour prix du dévouement et du sacrifice de toute la vie, consent tout au plus à se laisser aimer.