On a, dit-on,—dépêché à Vienne un envoyé extraordinaire pour savoir si on s’arrangerait d’un changement de nom,—ce qui serait tout à fait misérable.
Des gens bien en cour—ont eu le malheur de trouver cela tout simple et de dire: «Mais, au fait, pourquoi l’appellerait-on autrement que monsieur l’ambassadeur de France?»
Les villes de province ne savent plus si elles font encore partie de la France,—qui, grâce à M. Thiers,—aux Chambres et à S. M. Louis-Philippe,—est désormais un pays borné,
Au levant par Charenton,
A l’ouest par le bois de Boulogne,
Au nord par Montmartre,
Au midi par Montrouge.
Aussi, beaucoup d’entre ces villes, n’espérant rien du présent ni de l’avenir,—se mettent en mesure de régler leurs comptes avec l’histoire de France.—On érige des monuments aux grands hommes morts,—à Duguesclin,—à Latour-d’Auvergne, etc.—Quoiqu’ils soient morts depuis assez longtemps, on ne s’en était pas encore avisé jusqu’ici.—Mais il n’y a de grandeur que par la comparaison,—et jamais on n’avait si bien remarqué la grandeur des morts:—c’est qu’on n’avait jamais vu de si petits vivants.
M. de Lamartine a publié des vers pleins à la fois de raison et d’un sentiment élevé;—il a eu l’adresse et l’abnégation de glisser dans son œuvre quelques mauvaises strophes pour engager à en parler même ceux qui sont mal disposés ou pour lui ou pour ses opinions,—et à répandre par là des idées bonnes et utiles.—Certes, de cette courageuse tentative contre ces idées rétrécies—qui ferait croire que l’homme n’a inventé l’amour de la patrie, c’est-à-dire d’une petite partie de la terre et des hommes, que pour se mettre à son aise dans sa méchanceté et haïr tranquillement tout le reste,—je dirais plus de bien que je n’en dis, si je n’avais, il y a bientôt un an, pris l’initiative, et traité cette question dans les Guêpes (octobre 1840).