C’est celle de presque tous ces carrés de papier;—elle consiste à se découper les uns les autres, au moyen de ciseaux,—avec un sérieux,—une importance,—une majesté,—qui n’ont pas encore perdu leur comique à mes yeux,—quoique je les regarde faire depuis bien longtemps.

M. Scribe a cent mille francs de rente.—Mon ex-ami, M. de Balzac, gagne quarante mille francs par an,—Janin, à peu près autant.

Je ne pousserai pas plus loin mes citations, parce que j’arriverais à quelques noms qui ne gagnent pas tout à fait vingt mille francs,—qui en sont honteux et me sauraient mauvais gré de trahir le secret de leur pauvreté.

Mettez en regard de ceci la part de Diderot, pour l’Encyclopédie, cet ouvrage dont il a conçu le plan et exécuté une grande partie, et qui forme à lui seul une bibliothèque;—cet ouvrage, qui a donné aux libraires associés pour sa publication, outre leurs frais, qui s’élevaient à neuf cent trente-huit mille deux cent quatre-vingt-onze livres deux sous six deniers,—un honnête bénéfice de deux millions quatre cent quarante-quatre mille deux cent quatre livres dix-sept sous six deniers:

La part de Diderot fut de mille francs de rente sa vie durant.

Pourquoi,—demandais-je à ***,—presque tous les hommes deviennent-ils avares en vieillissant?—C’est, me dit-il, que l’égoïsme, chassé des diverses positions qu’il occupait, se replie sur celle-là—en désespoir de cause;—jeune, l’homme obtient tout par échange: l’amour pour de l’amour,—l’amitié pour de l’amitié;—vieux, il faut qu’il achète ce qu’on lui donnait. D’ailleurs, ne vous trompez pas sur la générosité des jeunes gens,—l’âge auquel on partage tout est généralement l’âge où on n’a rien.

Ceci est une exagération.

Pas déjà tant,—vous ne me nierez pas au moins que le jeune homme donne volontiers, parce qu’il ne considère ce qu’il possède en tout genre—que comme un léger à-compte sur le trésor qu’il s’imagine que la vie lui doit;—ce sont des hors-d’œuvre avant le grand festin de joie auquel il se croit convié.