Plus tard, quand il s’aperçoit que l’héritage est moins opulent,—que le festin est moins splendide,—quand il croit avoir sa part, il compte pour voir s’il aura assez, et il ménage parce qu’il n’attend plus rien au delà de ce qu’il a.

Mais de toutes les choses c’est l’argent auquel l’homme est le plus attaché;—il n’est presque aucun homme qui ose prendre la fuite s’il voit son ami attaqué par des gens qui en veulent à sa vie,—et qui ne reste avec lui pour partager le danger;—il en est encore moins qui exposent leur argent.

Aussi, j’ai imaginé un puissant moyen d’influence sur mes amis;—il n’est aucun homme, peut-être, qui les ait à sa disposition comme moi,—et je dois cette puissance peu commune à la simple observation du fait que je viens de vous signaler; à quelque ennuyeuse corvée que je destine un ami, à quelque démarche que je l’aie condamné, à quelque réel danger que j’aie besoin de l’exposer; je suis sûr de lui trouver le plus grand empressement.

Je l’aborde d’un air piteux et flatteur,—d’un ton humble et patelin,—je mets tout en œuvre pour lui faire croire que je viens pour lui emprunter de l’argent,—je vois son embarras,—je me plais à l’accroître;—à mesure que je vois qu’il a trouvé une excuse et qu’il la tient prête pour le moment où je m’expliquerai clairement,—je la détruis à l’avance et je l’oblige à en chercher une autre,—je le presse, je l’entoure, je le harcèle;—enfin, quand je vois son anxiété au plus haut degré,—par un revirement soudain, je dévoile en peu de mots le but réel de ma visite et la véritable corvée que j’ai à lui imposer;—quelle que soit cette corvée,—je n’ai jamais vu une fois mon homme—manquer de respirer à l’aise, comme délivré d’un poids qui l’oppressait, il est si heureux d’avoir échappé au danger qu’il redoutait, que tout autre lui paraît un jeu.

Les écoles gratuites de dessin ne sont pas une invention tout à fait récente.—La première a été ouverte à Paris par M. de Sartines, en 1766 ou 1767.—On voit même dans les journaux d’alors que le sieur Lecomte, vinaigrier ordinaire du roi, donna en 1769 trois mille livres aux écoles gratuites de dessin.

Il y a aujourd’hui à Paris deux écoles gratuites de dessin;—dans nos mœurs vaniteuses, il n’y a que les enfants des pauvres qui vont aux écoles gratuites,—c’est-à-dire les enfants destinés à être ouvriers.—Le dessin est utile dans tous les états et aiderait singulièrement à y apporter des perfectionnements; nous n’en serions pas plus malheureux—si, par suite de ce supplément d’éducation donné aux ouvriers, les objets qui nous entourent et qui servent aux usages journaliers avaient du style et de la forme.

Les réchauds et les trois-pieds, tous les ustensiles de cuisine trouvés à Herculanum, ne ressemblent guère aux choses hideuses auxquelles nous sommes arrivés, de progrès en progrès. Les bijoux et les vêtements antiques avaient un style et une beauté que les bijoux et les vêtements modernes n’imitent que de bien loin.—Il n’y a de sots métiers que parce qu’il y a de sottes gens. Nos tailleurs s’occupent trop de politique.—En effet, dans les deux écoles de dessin de Paris on ne montre aux élèves qu’à faire des têtes et des dessins ombrés, d’après la Transfiguration de Raphaël, ce qui ne peut les mener qu’à devenir de mauvais et de malheureux peintres,—comme l’éducation des colléges à devenir de mauvais et malheureux poëtes.

Au contraire, des écoles gratuites de dessin bien dirigées,—c’est-à-dire applicables aux états divers que les élèves ont à exercer, seraient un grand bienfait.

Des deux écoles gratuites, l’une devrait être consacrée aux enfants des ouvriers destinés à être ouvriers,—et l’on y apprendrait le dessin applicable aux arts et métiers;—l’autre serait comme les colléges royaux:—les riches y payeraient, les enfants d’artistes distingués y auraient des bourses ou des demi-bourses, d’après la fortune de leurs parents;—cette faveur, devenant aussi une récompense au talent, serait acceptée avec empressement.