Nous aurions ainsi moins de mauvais peintres,—et moins de mauvais tailleurs.

Février 1842.

Les fleurs de M. de Balzac.—Mémoires de deux jeunes mariées.—Les Ananas.—La balançoire des tours Notre-Dame.—A monseigneur l’archevêque de Paris.—Un mot de M. Villemain.—Un conseil à M. Thiers, relativement à l’habit noir de l’ancien ministre.—Une annonce.—Un député justifié.—Sur quelques Nisards.—M. Michelet et Jeanne d’Arc.—M. Victor Hugo archevêque.—M. Boilay à Charenton.—Une lettre de M. Jean-Pierre Lutandu.—Une nouvelle invention.—Seulement...—Une croix d’honneur et une rose jaune.—Les Glanes de mademoiselle Bertin.—MM. Ancelot, Pasquier, Ballanche, de Vigny, Sainte-Beuve, A. Dumas, Vatout, Patin, de Balzac, l’évêque de Maroc.—Question d’Orient.—Le roi de Bohême.—M. Nodier.—M. Jaubert.—M. Liadières.—M. Joly.—M. Duvergier de Hauranne Grand-Orient.—Le général Hugo.—Naïveté de deux ministres.—M. Aimé Martin et la Rochefoucauld.—Pensées et maximes de M. Aimé Martin.—Éloge de M. Aimé Martin.—Au revoir.

J’ai déjà eu occasion de parler des fleurs de quelques romanciers. Quelque magnificence que déploie la nature dans ses productions,—ils ne peuvent prendre sur eux de s’en contenter. Les fleurs des prairies et celles des jardins sont si nombreuses, que la vie d’un homme serait de beaucoup trop courte pour les regarder toutes l’une après l’autre.—Il y en a, dans la neige éternelle des Alpes et au fond des mers, des milliers que personne n’a jamais vues. Il y en a de toutes les formes,—de toutes les nuances;—leurs parfums sont variés comme leurs couleurs;—eh bien! nos romanciers n’en ont pas encore assez pour leur consommation, ils ne peuvent s’empêcher d’en inventer quelqu’une de temps à autre. Les fleurs du bon Dieu ne sont pas assez belles pour leurs livres;—celles qui naissent sous la rosée du mois de mai leur semblent trop communes; ils en tirent de leur encrier, qu’on ne voit nulle part que là.

M. de Balzac, entre autres, si exact pour décrire les meubles,—est loin d’apporter la même sévérité dans la description des fleurs qu’il daigne mettre en scène;—il ne croit rien pouvoir ajouter à l’art du tapissier, mais il n’a pas le même respect pour les œuvres de Dieu.

Dans un roman publié dans le journal la Presse, roman qui, au milieu de certaines incohérences, renferme des passages de la plus haute beauté,—des pages d’une simplicité pleine de noblesse,—d’une vérité poignante,—dans les Mémoires de deux jeunes mariées, il s’est passé la fantaisie d’inventer une nouvelle variété d’azalea: il nous peint «une maison,—empaillée de plantes grimpantes, de houblon, de clématite, de jasmin, d’azalea, de cobæa, etc.»

On ne connaît pas d’azalea grimpante.—L’azalea est un petit arbrisseau dont quelques espèces viennent de l’Amérique,—et quelques autres de l’Inde;—mais elles ne grimpent ni dans l’Inde, ni dans l’Amérique; elles ne se livrent à ce libertinage que dans les Mémoires de deux jeunes mariées.

M. de Balzac aura trouvé le mot joli, et s’en sera servi à tout hasard, en mêlant son azalea à d’autres plantes nullement grimpantes: il a compté sur l’exemple.—Si M. de Balzac venait encore me voir, il verrait autour de ma maison des plantes grimpantes dont le nom n’est pas moins harmonieux que celui de l’azalea;—il y verrait la glycine de la Chine, qui couvre une des façades, au printemps, de ses longues grappes de fleurs bleues,—et la passiflore,—cette fleur qui ornait d’habitude la boutonnière de M. Lautour-Mézeray, aujourd’hui sous-préfet à Bellac,—et qui, de loin, ressemble à une plaque d’ordre militaire;—il verrait encore un bignonia radicans, aux grandes fleurs rouges,—et les deux roses banks, la blanche et la jaune, qui tapissent le mur de leur feuillage luisant et de leurs roses doubles, grandes comme des pièces de dix sous.

M. de Balzac, du reste, a, de tout temps, voulu faire entrer les végétaux dans la voie de la rébellion contre les décrets de la nature.