—Je me rappelle que, il y a quelques années, M. de Balzac songea à cultiver des ananas dans une propriété qu’il avait achetée près de Ville-d’Avray.—Il fit part de ses projets à un de ses amis.

—Je veux, disait l’auteur de la Vieille Fille, que le peuple mange des ananas. Pour cela, il faut qu’on puisse avoir des ananas à cinq francs.

—Mais, lui répondit l’ami, les jardiniers qui les vendent vingt francs n’y font guère de bénéfices, et quelque-uns s’y ruinent: on cite le descendant d’une grande famille de l’Empire qui n’y fait guère d’affaires.

—Laisse-moi donc tranquille, reprit M. de Balzac, il serait bien singulier qu’un homme d’intelligence, se livrant à la culture de l’ananas, ne réussît pas à le produire à meilleur marché.—J’ai une boutique en vue sur le boulevard des Italiens.—Je vais aller à Paris tantôt, et la louer.

Mais,—interrompit l’ami,—où sont tes ananas?

—Mes ananas? je n’en ai pas encore; je vais faire construire des serres.

Mais, dit l’ami, l’ananas ne rapporte qu’au bout de trois ans et ta boutique restera vide jusque-là.

—Ah! bah! tu vois toujours des difficultés; il est impossible que je ne trouve pas un moyen de les faire produire la première année.

Heureusement que deux jours après M. de Balzac avait oublié entièrement son projet de faire manger des ananas au peuple.