Voici les quatre choses qui m’ont le plus frappé à Longchamps:

Un marchand de briquets promenait six voitures rouges;

Un marchand de chemises, en cabriolet, faisait tomber sur la foule une neige d’adresses et de prospectus;

Plusieurs messieurs à pied—étaient vêtus de toiles représentant des cheminées, avec l’adresse et l’éloge des fabricants;—ils étaient coiffés d’un tuyau de poêle;—un de ces malheureux a été chassé de l’administration parce qu’il s’était permis de fumer;

La garde municipale était en petite tenue,—ce dont on était généralement fâché, parce que la grande tenue est d’un aspect magnifique. (Peut-être ceci, à propos de la garde municipale, va-t-il confirmer l’affaire des mille écus:—je l’effacerai sur les épreuves.)

M. de Vigny refait en ce moment ses visites à ses futurs collègues. Cette fois, les chances sont pour lui, quoique cependant la rivalité de M. Patin présente quelques dangers.—On a généralement trouvé de mauvais goût qu’en parlant de son concurrent M. de Vigny feignît de ne pas savoir son nom et affectât de l’appeler M. Pantin.

M. Royer-Collard tient singulièrement à la vie. M. Andr..., son gendre et son médecin, lui a recommandé, avec la plus grande sévérité, d’apporter à ses repas une régularité inflexible. Un de ces jours derniers, au moment où la pendule marquait six heures,—M. Royer-Collard mettait la main sur le bras de son fauteuil pour se lever et s’approcher de la cheminée devant laquelle on venait de lui servir une sole fumante,—lorsqu’un domestique maladroit annonce brusquement M. le comte Alfred de Vigny.—M. de Vigny suivait le domestique de fort près et entendit parfaitement la réponse de M. Royer-Collard, qui s’écria:—«Je n’y suis pas.»—Il entra néanmoins, et allait ouvrir la bouche quand l’académicien lui dit: