Justice humaine,—pauvre chose! la plus forte peine qu’elle puisse imposer est une peine que tous subissent fatalement, et les innocents qu’elle absout aussi bien que les criminels qu’elle condamne.
A propos de circonstances atténuantes,—le jury de la cour d’assises du Cantal vient de les appliquer avec un discernement égal à celui du jury de la Seine.
Un homme de cinquante ans, ayant déjà subi six condamnations, se prend de querelle avec ses deux beaux-frères, et, en plein jour, les tue tous les deux à coups de fusil,—menace les témoins, dont un est son beau-père, de leur faire subir le même sort, puis retourne à son village, raconte, à qui veut l’entendre, le crime qu’il vient de commettre.—Le soir, il force un des habitants de lui donner une lanterne, avec laquelle il va froidement considérer ses victimes pendant plus d’une heure. Le jury du Cantal a vu là des circonstances atténuantes.
Décidément ceci est par trop...—Comment! l’assassin condamne, de son chef, deux hommes à mort,—et lui en est quitte pour les travaux forcés!—Toutes ces décisions forment autant d’encouragements dont on n’hésite pas à profiter.
Un condamné politique, M. Charles Lagrange, soumis à la surveillance,—s’est occupé à Mulhouse d’industrie et d’affaires.—Aujourd’hui il arrive à Paris avec un passe-port en règle, voyageant pour faire des observations dont il est chargé par une compagnie sur le chemin de fer de Rouen.—On l’arrête pour rupture de ban et on lui fait un procès.—C’est une sottise:—un homme qui travaille, un homme qui s’occupe activement de gagner sa vie, n’est pas un homme dangereux.—Il vaut bien mieux voir vos ennemis politiques prendre ce sage parti que de les tenir en prison.—C’est mille fois plus sûr pour vous.—Mais vous faites de la rigueur excessive, aussi bien que de la faiblesse extrême, toujours à contre-temps.
M. Garnier-Pagès est mort;—c’était un homme d’esprit et de talent,—qui a montré, en outre, de l’énergie, de la bonne foi et de la loyauté, en se séparant des hommes et des journaux de son parti au sujet des fortifications, contre lesquelles il s’est courageusement élevé, au risque de perdre une partie de sa popularité; seule et triste récompense des luttes qui ont usé le peu d’existence que la nature lui avait donnée.—L’autorité a sagement évité toute manifestation de force militaire au convoi du député du Mans,—où tout s’est passé avec ordre et décence.