Où peut être le tableau de M. Biard?
En attendant, voici celui de M. Decamps, la Sortie de l’école turque;—on m’a dit d’admirer cela;—eh bien! je n’admire pas;—je soupçonne fort les qualités de ce tableau de consister principalement en difficultés plus ou moins vaincues, en adresse, en habileté,—toutes choses qui peuvent intéresser les peintres.—M. Decamps a beau lever les jambes de ses petits bonshommes, il n’en est pas moins vrai qu’ils ne sautent pas,—qu’ils ne courent pas, qu’ils ne jouent pas;—rapprochez de cela cette si spirituelle gravure de vacarme dans l’école que nous avons tant vue sur les boulevards,—rappelez-vous-en la vie et la malice, et vous comprendrez la froideur du tableau de M. Decamps,—pour les qualités probables que j’ai mentionnées plus haut,—je suis tout à fait incapable de les apprécier, et, si elles existent, elles n’en existent pas moins pour cela.
C’est un argument qu’on m’oppose habituellement pour la peinture et pour la musique.—En fait de musique, je n’ai jamais que sonné de la trompe,—et, en dessin, je n’ai jamais fait un nez au profil.—Je réponds que les peintres et les musiciens ne faisant pas de la peinture et de la musique entre eux, et postulant au contraire les suffrages du public, on doit attendre d’eux des ouvrages qui aient un charme qu’on puisse éprouver sans être peintre ou musicien.—Si, pour admirer un tableau de M. Decamps, ou la musique de M. Meyer-Beer, il me faut travailler huit ans au Conservatoire et à l’atelier,—je ne vous cache pas que je me priverai d’un plaisir aussi laborieux.—Heureusement que ces messieurs ont assez souvent le bonheur de n’avoir pas besoin que nous soyons aussi savants. Quand un ignorant comme moi leur adresse un éloge, ils n’élèvent pas de réclamation.—Je ne juge que ce qui est à ma portée,—je laisse toutes réserves pour les arcanes de l’art.
Par exemple, je demanderai à M. Decamps comment il y a tant de poussière sur un sol aussi pierreux,—et pourquoi elle est si lourde.—Il faudrait un escadron de cavalerie pour soulever cette poussière de plomb.
Deux grands dessins de M. Decamps, placés en face de la sortie de l’école, ont des parties remarquables et d’un beau style;—mais pourquoi s’avise-t-il de faire ses chevaux d’après des bas-reliefs et non d’après des chevaux?—Les chevaux de profil, bas sur leurs jambes, à encolure roide des bas-reliefs, sont une impuissance;—si le sculpteur savait leur donner de la vie, du mouvement et de la couleur, je suppose qu’il s’en ferait un vrai plaisir. Pourquoi alors ne pas faire les lions d’après les lions du blason?
M. Chevaudier est auteur d’un tableau qu’il appelle un Ruisseau dans la campagne de Rome.—L’eau est bleue, les arbres sont bleus,—l’herbe est bleue,—et l’auteur, voulant mettre un oiseau dans un coin, a cherché un oiseau bleu et a peint un martin-pêcheur un peu plus bleu qu’il ne faut.—Le paysage est animé par une bacchante qui se laisse aller à de singulières exagérations.
Je ne sais plus de qui est une Niobé vert-pomme qui pleure ses enfants vert-choux.