Mais où est donc la foule compacte qui m’empêche de voir le tableau de M. Biard? «Voici le tableau,» me dit quelqu’un qui m’accompagnait;—pour la foule, elle se compose d’un monsieur en redingote verte qui se presse devant.

J’attends que ce monsieur se soit écoulé, et je me presse à mon tour devant le Passage du Havre à Honfleur; c’est tout simplement une caricature triviale.

Mais voici une chose véritablement intéressante,—et qui vous laisse longtemps pensif.—Voici un tableau inachevé,—la Vierge et saint Joseph sont endormis et l’enfant-Dieu lève ses yeux au ciel;—la tête de la Vierge, pleine d’une angélique suavité, est seule terminée.—Bouchot est mort sans pouvoir achever son tableau;—on voit encore les lignes faites à la craie de l’esquisse:—ce qui est fait est d’une grande beauté.

Trois autres tableaux offrent le même intérêt et une partie des mêmes qualités.

Ceci est un tableau de M. Bidault, de l’Institut,—et l’un des membres de ce jury d’admission; ou, si vous voulez, de ce jury de refus—contre lequel on élève un si magnifique concert de malédictions.

Je renvoie encore mes lecteurs pour ce sujet aux volumes qui ont parlé des deux dernières expositions.

Disons seulement que deux tableaux de M. Gudin, qu’il avait oublié de signer, ont été parfaitement refusés.

M. Bidault est, assure-t-on, l’un des plus grands refuseurs du jury;—c’est donc à lui un louable courage d’exposer ainsi son tableau au jugement de ses victimes.