J’ai prononcé le nom de Schœne,—je vais vous parler un peu de lui:—c’est un caractère remarquable,—un philosophe pratique,—un homme simple, bon et fier;—vous le connaîtrez mieux par deux ou trois petites anecdotes que par les phrases que je pourrais vous faire.
Schœne se lève le matin, revêt une veste de la plus grossière étoffe qui n’a pas changé de mode depuis vingt ans,—et allume sa pipe;—cette pipe ne s’éteint que le soir lorsque Schœne s’endort.
Il travaille avec ses garçons jardiniers, et réserve pour lui les travaux les plus durs, et ceux que l’on donne d’ordinaire au plus ignorant de ses ouvriers.
Un jour, le roi, visitant Monceaux, lui dit:
—Ah ça! Schœne, quel diable de tabac fumez-vous? les serres en sont infectées, c’est ce qui fait que la reine n’ose pas y entrer.
—C’est vrai, sire, répondit Schœne, mais cela ne peut pas être autrement,—tout le monde sait que les plantes de serres sont exposées à un ennemi dangereux, qui est le puceron vert;—le seul moyen de les écarter est la fumée du tabac;—or, comme j’aime que mes plantes soient propres et non pas mangées par les pucerons,—je dois faire, dans les serres, des fumigations de tabac;—comme d’autre part j’aime beaucoup à fumer, je fais passer cette fumée par ma bouche,—les plantes ne s’en trouvent pas plus mal, et moi je m’en trouve mieux;—si cependant Votre Majesté ne veut pas que je fume dans son domaine de Monceaux, j’irai tous les jours fumer dehors, mais cela doublera ma dépense en tabac.
Le roi lui dit:
—Fumez où vous voudrez.
Un autre jour, un chien, ordinairement d’assez mauvais caractère, brisa sa chaîne et vint auprès de la reine, dont il lécha les souliers.—Le roi dit à Schœne: