—Ah ça! qu’as-tu fait et d’où viens-tu?
—Monsieur, répondit tranquillement celui-ci, cette pauvre bête... je l’ai menée voir les phares.
Voici un résumé plus curieux qu’il n’en a l’air:
Sous le règne de Henri IV, le sucre se vendait à l’once chez les apothicaires. En 1700, la consommation du sucre s’éleva, en France, à un million de kilogrammes.—La population était alors de seize millions d’hommes.—Cela faisait pour l’année, par personne, à peu près deux onces.—En 1815, on en consomma seize millions de kilogrammes.—Et, en 1841, cette consommation s’est élevée à plus de cent millions de kilogrammes.
Ceci peut donner le secret des embarras de la position actuelle.—Le sucre n’est pas la seule friandise dont l’usage se soit ainsi répandu.—Tout le monde veut être quelque chose dans l’État, comme tout le monde veut manger du sucre.
Il faut, à chaque période politique, trouver moyen de multiplier les parts de bonbons;—les anciennes grosses parts en sont fort diminuées.—Ceux qui les possédaient autrefois se contentent aujourd’hui d’avoir de gros cornets dans lesquels il n’y a presque rien; on les a vidés pour faire de petites parts à presque tout le monde.
En effet, il n’est aujourd’hui presque personne qui n’ait, sous un titre quelconque,—un petit morceau du sucre du pouvoir,—député,—électeur,—juré,—garde national,—membre de tel ou tel conseil,—de tel ou tel comité,—rédacteur de tel ou tel journal, etc.
Eh bien! il y a encore des gens qui n’ont pas leur part et qui crient,—qui demandent une réforme électorale;—ceux qui ont les grosses parts, tirées du cornet de la puissance royale,—ont peur qu’on ne tire de leur cornet pour faire de nouvelles petites parts:—comment faire?
On a déjà usé, en fait de pouvoir, de tous les expédients dont on a usé en fait de sucre pour égaliser la production et la consommation;—on a imaginé des équivalents au sucre de betteraves, au sucre brut,—à la cassonade et à la mélasse.