—Volontiers, repris-je?
Je lui offris le bras pour descendre du waggon.
—Je vous remercie de votre politesse, me dit-il, mais je n’en ai pas encore besoin.
En effet, il était leste et dispos;—il remit le petit rhododendron au domestique, nous prîmes une sorte de fiacre dont le cocher le connaissait sans doute, car il ne demanda pas où il fallait le conduire.—Au bout d’un quart d’heure, on nous descendit devant une fort jolie maison;—je dis au cocher de m’attendre, et j’entrai avec l’inconnu dans un magnifique jardin.—Nous nous mîmes alors à parcourir de grandes et nombreuses serres remplies de plantes précieuses et parfaitement soignées;—chemin faisant, nous parlions de fleurs;—quelquefois il me racontait une anecdote curieuse de la Révolution.—Toujours est-il qu’il vint un moment où il me dit:
—Il est tard, voulez-vous déjeuner avec moi?
—Non,—répondis-je,—car vous me rappelez en ce moment—que l’on m’attend pour déjeuner depuis plus de deux heures—et que je suis sans doute l’homme le plus maudit du monde.
—Eh bien! me dit-il, venez me voir rue Blanche, à Paris,—nous reparlerons des fleurs, et, puisque vous avez un jardin,—je vous ferai quelques cadeaux;—je m’appelle Boursault.
Je le saluai et lui donnai ma carte.
—Oh bien! dit-il en la lisant, cela se trouve bien, je suis abonné aux Guêpes et j’avais envie de vous connaître.
Je ne l’ai jamais revu—depuis ce temps. J’ai si peu resté en place, que je n’ai pas trouvé le moment de lui faire ma visite. Il est au nombre des morts du mois d’avril.