Il laissa cette phrase sans la composer, et chargea le prote de l’avertir quand M. ***, rédacteur du journal et secrétaire de M. d’Argout, viendrait ce qu’on appelle corriger les épreuves.
En effet, ce monsieur arrive, il va le trouver et lui dit qu’il n’avait pas composé la phrase parce que le renseignement était faux, qu’il quittait M. Hugo à l’instant même, etc., etc.
M. *** lui répondit qu’il eût à garder ses avis pour quand on les lui demanderait, qu’il s’occupât de son ouvrage, et eût la bonté de ne pas se mêler du reste.
Le jeune homme s’y refuse et va trouver son père.
Le père répond majestueusement que cela ne le regarde pas; que, s’il lui fallait s’assurer de la vérité de ce que les journaux lui donnaient à imprimer, le papier sortirait souvent de chez lui plus blanc qu’il n’y était entré.
Enfin la nouvelle fut insérée et copiée les jours suivants par tous les journaux de départements.
Je l’ai déjà fait remarquer,—si on vous dit: «L’épicier du coin a battu sa femme,» vous direz: «En êtes-vous bien sûr?» Mais si l’on vous dit qu’un homme célèbre par son talent est devenu enragé et a mordu trois personnes, vous dites: «Il paraît que le grand poëte un tel a mangé beaucoup de monde dans un accès d’hydrophobie.»—Il est si doux pour les envieux de rabaisser par quelque côté celui qui s’élève au-dessus d’eux,—qu’ils ne s’avisent jamais de prendre la moindre information: la chose n’aurait qu’à ne pas être vraie!
L’autre jour il me tomba sous les yeux un article de M. Delecluse, qui est chargé dans le Journal des Débats de la critique d’art.
Je parcourus cet article et je vis avec chagrin que je ne me trouvais d’accord presque en rien dans mes jugements sur le Salon de cette année avec le révérend M. Delecluse.