Le vieux prince T***, usé, contrefait, et ayant l’air d’être tombé sur la tête d’un troisième étage,—se promenait à pieds dans les Champs-Élysées, péniblement soutenu par un domestique;—il rencontra un de ses amis qui lui dit:
—Eh bien! que faites-vous de G***?
(Madame G*** est une maîtresse fort connue du prince en question.)
—Ma foi, mon cher, répond le prince en toussant,—son règne est passé, le cœur n’y est plus pour rien, il n’y a plus entre nous que l’amour physique.
On a essayé dernièrement de répandre le bruit que M. Victor Hugo avait éprouvé une attaque de folie.—Ce n’est pas la première édition de cette plaisanterie.
On se rappelle encore le bruit qui avait eu lieu à la première représentation du Roi s’amuse: on chanta la Marseillaise,—on hurla le Chant du Départ, on demanda deux ou trois têtes et plusieurs perruques.—Le lendemain, la pièce fut défendue.—M. Hugo fit un procès, et, dans le cours de ce procès, fut peu bienveillant pour M. d’Argout, qui n’a laissé au ministère d’autre souvenir que celui de son nez plus qu’humain, ce dont M. d’Argout conserve encore un vif ressentiment.
Plus tard, on représenta Lucrèce Borgia.—Le lendemain de la représentation, un grand nombre d’amis de M. Hugo vinrent le féliciter de son succès.—Au nombre des visiteurs était un jeune poëte,—fils d’un imprimeur et compositeur dans l’imprimerie de son père;—ledit père, qui est mort aujourd’hui, imprimait un journal ayant pour titre: le Télégraphe des départements.
Après être resté une heure chez M. Hugo, le jeune homme le quitta pour aller composer le journal;—il se met à l’ouvrage; mais quel est son étonnement lorsque, dans la part de manuscrit qui lui est échue, il voit cette phrase:
«M. Victor Hugo vient d’être attaqué d’une folie furieuse; sa famille a dû le faire transporter à Charenton.»