Du reste, je signalerai ici une tactique assez habile de la part de la direction de l’Opéra.
Beaucoup de MM. les députés et de MM. les journalistes jouissent d’une entrée gratuite à l’Opéra.
Il y a un article du règlement qui défend d’accorder ces entrées. Or, au moment où la Chambre arrive à ce qu’on appelle ussion de la subvention de l’Opéra,—pour que les députés et les journalistes qui ont promis de l’appuyer n’oublient pas leur engagement, pour que les autres aient au moins le soin de rester neutres et muets,—la direction de l’Opéra—fait mettre dans tous les journaux une note qui rappelle la prohibition de l’article tant du règlement—et invite les personnes ayant droit aux entrées à faire établir ce droit sous bref délai.
Ce qui, pour les privilégiés, veut dire: «Vous voyez que vous n’avez aucun droit à la faveur dont vous jouissez; vous voyez qu’il nous est même défendu de vous l’accorder;—une faveur surtout gratuite ne peut pas se donner pour rien;—ayez donc soin de la mériter et faites votre devoir.»
Et alors, députés et journalistes sortent d’une des cases de leur cervelle cinq ou six phrases vermoulues consacrées à cette question,—absolument comme on sort de temps en temps du magasin les vieux décors de la Vestale et de Fernand Cortez. «L’Opéra est une gloire nationale;—le Théâtre-Français est l’école des mœurs;—la comédie est le miroir des vices: castigat ridendo mores; c’est l’utile dulci d’Horace; c’est la morale embellie par les grâces; c’est un magasin de hauts enseignements,» etc., etc.
Cette fois-ci, je résolus de savoir ce qu’il en était—et de m’assurer par moi-même des heureux effets que produit le théâtre sur la morale publique.
A cet effet, j’allai me mêler aux groupes qui, à la sortie du spectacle, se pressent autour de la statue de Voltaire, sous le péristyle du Théâtre-Français,—pour surprendre les impressions que venaient de recevoir les spectateurs des hauts enseignements qui leur étaient présentés.