Juillet 1841.

A Victor Hugo.—Le rossignol et les oies.—1.—40.—450.-33,000,000.—M. Conte.—Les lettres et la poste.—Les harpies.—M. Martin (du Nord).—Nouvelles de la prétendue gaieté française.—La queue de la poêle.—Un trait d’esprit du préfet de police.—Les chiens enragés.—Les journaux.—Renseignement utile aux gens d’Avignon.—Où est le tableau de M. Gudin.—M. Quenson dénoncé.—A monseigneur l’archevêque de Paris.—Mots nouveaux.—Victoria à Rachel.—Les esclaves et les domestiques.—L’Opéra.—Le Cirque-Olympique.—Le duc d’Orléans.—Le maréchal Soult.—Nouvelles frontières de la France.—Les vivants et les morts.—M. de Lamartine.—La postérité.—M. Hello accusé de meurtre.—La Fête-Dieu.—Giselle.—M. Ancelot.—M. de Pongerville.—Les vautours.—M. Villemain.—Une voix.—M. Garnier-Pagès.—Un oncle.—Le charbon de terre et les propriétaires de forêts.

Sainte-Adresse.

JUILLET.—A Victor Hugo.—Il faisait hier une belle soirée, mon cher Hugo; j’étais allé voir au bord de la mer le soleil se coucher dans une pourpre plus splendide que ne l’a jamais été celle des rois—quand il y avait de la pourpre—et quand il y avait des rois.

On voyait passer à l’horizon—des silhouettes de navires noirs sur un fond d’or rouge, et je cherchais à reconnaître un bateau d’Étretat qui doit m’emmener dans quelques heures,—non à ses voiles brunes et tannées qu’on n’aurait pu distinguer à cette heure, où les couleurs s’effacent,—mais à la forme particulière de son beaupré incliné vers la mer.

Après les couleurs, les formes commencèrent à disparaître.—Je vis s’allumer les lumières rouges des phares sur les jetées du Havre,—les lumières bleuâtres des étoiles au ciel—et les lumières presque vertes des lucioles dans l’herbe.—J’entendais le bruit de la mer qui montait, et je reconnaissais à son parfum une petite fleur jaune qui pousse à foison sur cette côte et qui embaume l’air.

Et je pensai à un de vos anciens ouvrages, à un beau livre,—au Dernier jour d’un condamné,—dans lequel le malheureux qu’on juge,—en proie à une bizarre hallucination,—ne peut détourner ses regards et sa pensée d’une petite fleur jaune qui se balance sur une fenêtre où elle a été semée par le vent ou par quelque oiseau.

Et je pensai à ces longues promenades que j’ai faites quelquefois avec vous sur les boulevards de Paris,—à l’heure où Paris dormait,—à ces promenades où nous parlions des magnificences de la nature, que vous aimiez comme moi,—et dont vous me parliez si bien.

Et je songeai que ce jour-là vous étiez reçu membre de l’Académie française.—Vous voyez que je vous aime, Victor, puisque, sous de beaux arbres, à travers lesquels je voyais les étoiles comme des fruits de feu,—ayant à mes pieds la mer qui rejetait les varechs et les algues de ses prairies profondes où paissent les phoques,—assis sur une côte revêtue du beau manteau dont la terre se couvre l’été,—au milieu de tant de feuilles et d’herbes,—au milieu de tant de belles choses vertes,—j’ai pu penser aux deux pauvres petites palmes dont vous avez le droit maintenant d’enrichir le collet de votre habit.