Ils sont à coup sûr moins nombreux que les pauvres consommateurs et les intérêts des consommateurs doivent passer avant les leurs.

Que diraient-ils si un monsieur ayant chez lui du bois d’acajou,—désirant le vendre pour le chauffage, voulait qu’on élevât les droits sur le bois ordinaire, jusqu’à ce que ce bois coûtât aussi cher que son bois d’acajou?

Cela leur paraîtrait absurde.

C’est précisément ce qu’ils demandent.

Mais,—au nom du ciel!—cessez donc,—ô philanthropes! de faire tant de phrases sur le peuple, et occupez-vous un peu de lui.—Ne demandez pas tant de droits électoraux,—et donnez-lui un peu plus de moyens de n’avoir ni faim ni froid.

Vous, messieurs de Noailles, Dupin aîné,—d’Osmond, Roy, Vassal, Rousselin, Michault,—vous, dont les noms sont cités entre ceux des plus riches habitants de la France, vous osez signer une demande qui aurait pour résultat de condamner au froid le plus insupportable des milliers de familles!

Vous n’avez donc jamais vu de pauvres ouvriers avec des femmes et des enfants demi-nus,—dans des chambres sans feu pendant les rigueurs de l’hiver, grelottant et pleurant,—pour que vous osiez tenter de leur enlever—en augmentant le prix d’un combustible heureusement moins cher,—le peu de secours qu’ils peuvent espérer contre les horribles souffrances du froid?

Ce que je demanderais, moi,—ce que j’ai demandé chaque fois que j’en ai trouvé l’occasion,—ce serait le contraire;—ce serait de reporter les droits sur le luxe,—ce serait de dégrever tout ce qui est destiné au peuple et aux pauvres.—Quel bonheur, messieurs, que cela ne puisse rien vous rapporter!—Vous feriez mettre des droits sur le soleil,—sous prétexte que le peuple, l’ayant pour rien, achète moins de bois de vos riches forêts.

Août 1841.