»C’est pourquoi les plus audacieux—cherchent des objets pour les dédicaces à l’ombre du trône;—M. Fouinet a dédié, il y a quelques années, quelque chose au fils du duc d’Orléans; la duchesse lui a envoyé un porte-crayon en or.—La portière de la maison qu’habite M. Fouinet, à laquelle madame Fouinet a montré le porte-crayon, m’a assuré que le porte-crayon était contrôlé par la Monnaie.
»Le porte-crayon est le présent ordinaire de la duchesse d’Orléans.
»La reine de France—donne des épingles.
»La duchesse de Nemours ne donne rien.
»Personne ne donne de tabatière;—la tabatière est une forme réservée à la munificence personnelle du roi,—lequel n’en donne jamais[K].
»Quelques autres,—comme M. Nisard,—je ne sais, princesse, si vous connaissez M. Nisard,—dédient leurs ouvrages à des princes étrangers, au roi Léopold, par exemple, qui leur donne en échange—son innocente contrefaçon de la croix d’honneur française.
»J’ignore, princesse, quelle forme prendra votre munificence pour répondre à la dédicace que je lui fais de ce volume in-32;—je n’ose espérer votre portrait en pied:—c’est une faveur par trop intime, si, comme l’assurent plusieurs navigateurs, vous ne portez pour vêtement qu’une paire de boucles d’oreilles.
»Je crois donc devoir avertir Votre Majesté que je serais certainement flatté d’une décoration—quoique la vôtre se compose d’un clou de girofle comme on sait:—cela se met dans la sauce, il est vrai, mais c’est un sort commun avec le laurier des poëtes.
»Je serais donc flatté—d’être grand girofle,—à moins cependant que vous n’aimiez autant m’envoyer un peu de bon tabac[L].
»De progrès en progrès, de liberté en liberté, nous en sommes arrivés à ce point que le gouvernement ne permet d’acheter ni de vendre du tabac que dans ses propres boutiques, dans lesquelles il entasse avec soin toutes sortes d’herbes âcres et nauséabondes qu’il nous vend fort cher.