Et Tate, ministre de l’intérieur,

Reconnaît à S. M. Louis-Philippe et à la nation française la souveraineté sur son pays.—On ne donne pas le nom du ministre des finances,—parce qu’il n’y a pas de finances à Otaïti, ou parce que le secrétaire d’État qui en est chargé—est quelque Gouin ou quelque Passy,—ou quelque autre ministre de remplissage,—quelque cheville comme en met M. de Pongerville dans ses vers hexamètres,—auxquels on n’a cependant jamais fait le reproche de ne pas être assez longs.

DÉDICACE A S. M. LA REINE POMARÉ, SOUVERAINE DE L’ILE D’OTAÏTI.—«Madame, j’ignore ce que vous avez l’habitude de donner pour les dédicaces.—Autrefois, en France, le roi donnait une tabatière enrichie de diamants;—il y avait des poëtes qui avaient ainsi un revenu fixe de quatre ou cinq tabatières de rente.—On ne s’informait pas si l’auteur de la dédicace prenait ou non du tabac, parce qu’on était sûr que, ne prît-il pas de tabac, il prendrait néanmoins volontiers des tabatières—enrichies de diamants.

»La tabatière est ici tombée en désuétude;—la dédicace aussi;—les académies en province, qui proposent,—pour de magnifiques prix de trois cents francs,—tant de questions saugrenues à résoudre, devraient bien encourager à des recherches ayant pour but de fixer l’histoire du cœur humain sur ce point: «a-t-on cessé de donner des tabatières après qu’on a cessé de faire des dédicaces, ou a-t-on cessé de faire des dédicaces aux rois depuis qu’ils ne donnent plus de tabatières—enrichies de diamants

»Il ne faut pas croire cependant que la source des faveurs royales soit tout à fait tarie et desséchée.

»Le public,—le peuple roi,—est jaloux des autres rois;—par ses trente-trois millions de mains, il donne plus,—chacune ne donnât-elle qu’un liard,—que ne peut donner le prince le plus magnifique.

»Il n’y a donc plus que quelques poëtes, mal avec ledit public,—qui risquent de temps en temps la dédicace.

»Non pas au roi,—ce serait trop hardi.

»Autrefois, pour insulter le roi de France, on allait un peu pourrir à la Bastille;—mais aujourd’hui, pour ne pas l’insulter,—le public vous condamne à mourir de faim.