Je commencerai, madame, par vous parler d’une invention qui a produit le gouvernement constitutionnel.

Vos sujets ont été bien étonnés la première fois qu’ils ont entendu un coup de fusil et qu’ils en ont vu les résultats.—Leur étonnement n’a pas diminué—quand ils ont vu que ce bruit et cette mort soudaine—se produisaient—en mettant dans un tube une ou deux pincées d’une petite graine noire ressemblant fort à la graine de pavots;—que cette graine, au lieu de germer et de produire des feuilles et des fleurs,—éclatait et allait tuer les gens à de grandes distances,—ressemblant encore en cela à la graine de pavots, qui endort de certaine façon, mais l’emportant de beaucoup sur les qualités de cette graine, en cela que le sommeil qu’elle procure est éternel.

Eh bien, l’invention de cette graine noire,—qui a donné au nombre, à la lâcheté et à l’adresse,—un avantage invincible sur la force et le courage,—cette invention n’est rien en comparaison de celle dont j’ai à vous entretenir.

La première se fait avec du charbon et du salpêtre.—Voici comment on use de la seconde:

Plusieurs milliers d’hommes vont chercher aux coins des bornes, dans les tas d’ordures,—dans les endroits les plus boueux,—tout ce qu’il y a de chiffons misérables, de lambeaux infects, de haillons pourris.—On les entasse dans des caves, on les fait pourrir encore,—puis on en fait une pâte que l’on étale et que l’on fait sécher en feuilles minces.

D’un autre côté,—on concasse un poison violent que l’on appelle noix de galle;—on y mêle un peu d’un autre poison qu’on nomme vitriol,—et on en fait un liquide d’une couleur triste et funeste, de la couleur du deuil et de la mort.

D’autre part, on a rassemblé curieusement les plumes d’un animal, emblème de la sottise, et dont le nom est devenu une injure;—on les taille en forme de dard.—Quand cela est fait,—des milliers de gens—s’établissent sur les tables et se livrent au singulier exercice que voici.