C’est une bouffonnerie qui manquait à cette époque, que je crois à présent fort complète.
LES TROIS JOURNÉES DE TOULOUSE.—J’ai plusieurs fois parlé de la haute bêtise qui a fait imaginer de ce temps-ci—l’indépendance des fonctionnaires et l’intelligence des baïonnettes,—c’est-à-dire une machine politique dont chaque rouage irait au hasard de sa volonté,—un char de l’État,—pour parler le langage du Constitutionnel, dont chacune des quatre roues—roulerait dans un sens particulier.
M. Floret,—préfet de Toulouse,—n’approuvait pas les mesures fiscales de M. Humann;—il n’avait à prendre que deux partis honnêtes:—obéir, ou donner sa démission;—il en a pris un troisième qui a eu et qui devait avoir le plus grand succès dans certains journaux et dans certains esprits; il s’est établi fonctionnaire indépendant,—a gardé sa place et s’est opposé au nouveau recensement.
Le ministère a donné congé à M. Floret et a nommé à sa place M. Mahul.—M. Mahul aurait, je crois, de la peine à s’établir prophète quelque part,—et on l’envoie précisément dans son pays,—c’est-à-dire là où personne ne peut l’être.
Demandez, en effet, à tous les hommes qui se sont élevés par leur talent, si leurs parents et leurs amis n’ont pas attendu pour reconnaître ce talent qu’ils en aient été avertis par les applaudissements du dehors,—et demandez-leur aussi jusqu’à quel point ils l’ont reconnu.
—Un grand poëte, Pierre? disait un camarade d’enfance de Corneille:—ce n’est pas possible,—il allait à l’école avec moi.
—Voilà un fameux préfet—qu’on nous donne là,—disaient les Toulousains,—le petit Mahul,—que j’ai vu pas plus haut que ça.
—Qui ça?—celui qui demeurait dans ma rue?
—Précisément, porte à porte avec vous.