Il n’est pas de recueil de vers de jeune homme—Premières rimes, Fleurs d’Avril, Premiers élans, etc., etc.,—premiers essais si méprisés, d’ordinaire, dans les bureaux de journaux, qui n’obtienne en ce moment une mention honorable.
C’est la belle saison pour se livrer fructueusement à des actions recommandables.—En temps ordinaire, les journaux n’en disent mot;—mais pour le moment, sauvez la vie à une mouche qui se noie;—dites à un passant: «Monsieur, vous allez perdre votre foulard;»—avertissez une femme que le cordon de son soulier est dénoué,—vous voyez votre nom en toutes lettres dans les feuilles publiques avec le récit de votre belle action et un convenable éloge d’icelle.
Les journaux se sentent pris d’un goût subit pour les sciences,—pour l’agriculture,—pour tout ce qu’on trouve dans les recueils spéciaux et qui fournit des lignes.
Voici, par exemple, une histoire qui reparaît tous les ans à la même époque, c’est-à-dire dans l’intervalle d’une session à l’autre,—en même temps que les centenaires, les veaux à deux têtes,—les détails circonstanciés d’incendies dans des pays qui n’existent pas, etc.
«Un monsieur qui est en ce moment à Bruxelles, et qui s’appelle le baron Frédéric d’A..., a l’honneur d’exposer au public qu’étant doué d’un talent de conversation fort distingué, nourri d’études solides (ce qui devient de plus en plus rare), ayant recueilli dans ses nombreux voyages une foule d’observations instructives et intéressantes, il met son temps au service des maîtres et maîtresses de maison, ainsi que des personnes qui s’ennuieraient de ne savoir avec qui causer agréablement.
»Le baron Frédéric d’A... fait la conversation en ville et chez lui. Son salon, ouvert aux abonnés deux fois par jour, est le rendez-vous d’une société choisie (vingt-cinq francs par mois). Trois heures de ses journées sont consacrées à une causerie instructive, mais aimable. Les nouvelles, les sujets littéraires et d’arts, des observations de mœurs où domine une malice sans aigreur, quelques discussions polies sur divers sujets, toujours étrangers à la politique, font les frais des séances du soir.
»Les séances de conversation en ville se règlent à raison de dix francs l’heure. M. le baron Frédéric d’A... n’accepte que trois invitations par semaine, à vingt francs (sans la soirée). L’esprit de sa causerie est gradué selon les services. (Les calembourgs et jeux de mots sont l’objet d’arrangements particuliers.)
»M. le baron Frédéric d’A... se charge de fournir des causeurs convenablement vêtus pour soutenir et varier la conversation, dans le cas où les personnes qui l’emploieraient ne voudraient pas avoir l’embarras des répliques, observations ou réponses. Il les offre également comme amis aux étrangers et aux particuliers peu répandus dans la société.»
Cette plaisanterie a été inventée il y a six ans par Gérard, l’auteur de la traduction de Faust,—un jour que nous mangions ensemble du macaroni fait par Théophile Gautier.