Un des prétextes sous lesquels on m’écrit le plus habituellement des injures,—c’est qu’il m’arrive parfois de parler un peu de moi. J’ai essayé de prendre ce reproche en considération—et de suivre le conseil qu’on me donnait en même temps,—c’est-à-dire d’en laisser parler les autres;—j’avouerai franchement que je ne suis pas parfaitement satisfait de l’épreuve.

En effet, sans parler de ceux qui ne m’aiment pas—et qui m’appellent «ami du château,» je n’ai pas fort à me louer de ceux qui n’ont pour moi que des sentiments de bienveillance.—L’éditeur Souverain—a fait imprimer une fois à la quatrième page des journaux une annonce dans laquelle j’étais traité d’arc-en-ciel.

Un autre éditeur—y fait dire (toujours à la quatrième page) que je suis médisant, cancanier et un peu venimeux.

Il y a un brave homme qui gagne sa vie à vendre mes petits livres, et qui fait mieux que cela encore.

Si je suis éloigné de Paris,—si je pêche des maquereaux à Étretat ou des sardines à Sainte-Adresse, si le volume arrive un peu trop tard,—ce pauvre homme s’inquiète, conçoit contre moi une vive malveillance,—et commence à dire à tout venant que les Guêpes ne paraissent plus,—que l’on ne sait pas où je suis, etc., etc.

Cela ne le console que pendant les deux ou trois premiers jours de retard;—au quatrième, il dit aux gens qu’il rencontre: «Il paraît que les Guêpes se sont arrangées avec le ministère.» Le lendemain, il sait le chiffre de ma honte: «l’auteur reçoit trois mille francs par an.»

—Ah! ah!

—Oui, c’est M. Cavé qui a arrangé l’affaire.

—Mais cependant je ne vois pas qu’il soit bien complaisant pour le ministère...

—Aussi on a suspendu la pension.