Le maire, fonctionnaire indépendant, fit relâcher les prisonniers arrêtés dans les émeutes.—M. de Saint-Michel, baïonnette intelligente commandant la place, refusa le renfort de troupes que requérait M. Mahul pour sa propre sûreté.—Les officiers de la garde nationale, baïonnettes non moins intelligentes, annoncèrent audit M. Mahul qu’ils ne répondaient pas de l’ordre tant qu’il resterait dans la ville,—et M. Mahul se retira.
En quoi personne ne fit son devoir et tout le monde manqua de courage,—le maire, le commandant militaire, les officiers de la garde nationale,—se laissant ainsi entraîner en insurrection et en émeute.—Pour M. Mahul,—sa situation était dangereuse;—mais, quand on a accepté un poste, on ne le quitte pas parce qu’il devient périlleux.
M. Mahul parti,—le commandant militaire et M. Plougoulm—publièrent un avis ainsi conçu et signé de leurs deux noms:
M. Mahul est parti, toute cause de désordre doit cesser.
On envahit la maison de M. Plougoulm et on jette ses meubles par les fenêtres,—et M. Plougoulm s’enfuit.
Le gouvernement, alors, destitua M. Mahul pour avoir quitté la ville.—Mais faire ainsi cette concession à l’émeute,—n’était-ce pas faire précisément ce qu’avait fait M. Mahul, c’est-à-dire lâcher le pied devant elle?—et, si quelqu’un était au gouvernement ce qu’est le gouvernement à M. Mahul, ce quelqu’un ne devrait-il pas destituer le gouvernement?
Certes,—le choix de M. Mahul pouvait être discuté,—mais c’était avant de l’envoyer à Toulouse;—une fois là, il devait être soutenu et installé,—à quelque prix que ce fût. Et, si on avait à le destituer,—ce qui était justice,—ce ne devait être qu’après avoir imposé silence à l’émeute, et en destituant en même temps le commandant militaire, le maire, les officiers de la garde nationale et M. Plougoulm,—et en leur faisant leur procès.
Pour celui-là du moins,—le peuple a fait justice de sa lâcheté,—et je n’ai pas le courage de blâmer l’émeute en ce point.—Ce n’était pas de là que devait venir la punition,—mais toujours est-il qu’elle est arrivée,—et, comme dit Rabelais: «Les cuisiniers du diable rêvent parfois et mettent bouillir ce qu’il destinait pour rôtir,—mais n’importe, pourvu que cela soit cuit à point.»
Si quelque poëte candidat à l’églantine veut faire une épopée sur les trois journées de Toulouse,—il trouvera son commencement dans le commencement de l’Enéide de Virgile.
Arma virumque cano Trojæ qui primus ab oris...
....... fato profugus.