Je chante les baïonnettes intelligentes (arma) et le fonctionnaire (virum) qui le premier (M. Mahul,—le second est M. Plougoulm) s’enfuit de Toulouse.
Comme on demandait à M. Royer-Collard ce qu’il pensait de l’affaire de Toulouse: «Je pense, dit-il, que le ministère s’est trompé: il a cru que les oies pourraient encore une fois sauver le Capitole;—mais il y a entre les oies d’aujourd’hui et les oies de ce temps-là la même différence qu’entre le Capitole de Toulouse et le Capitole romain.»—Je trouve le mot un peu cynique.
On a affiché sur les murailles à Toulouse—ces quatre vers, dont l’auteur a gardé l’anonyme:
Quand ce pauvre Mahul, en habit de préfet,
Aux remparts de Toulouse a manqué son effet,
Il a justifié cette belle parole:
La roche tarpéienne est près du Capitole.
LE PEUPLE ET L’ARMÉE.—Il est une plaisanterie des journaux dont il est temps de faire justice;—lorsque dans une émeute—la troupe, sur l’ordre de ses chefs, se répand dans une ville pour y rétablir l’ordre,—les malheureux soldats sont traités comme on ne traita pas les Cosaques en 1814.—Des pierres sont lancées du haut des fenêtres;—des coups de fusil leur sont tirés des angles des rues ou des toits, de derrière les cheminées,—et, lorsque plusieurs ont été atteints, lorsque, exaspérés,—ils finissent par se défendre,—les journaux du lendemain—n’ont aucun blâme pour les habitants de la ville—et traitent les soldats d’assassins.
Certes, je suis moins partisan que personne du despotisme militaire,—qui serait le plus odieux et le plus aveugle de tous sans le despotisme populaire,—et je me félicite de n’avoir pas vécu sous l’Empire;—mais ni les journaux ni le peuple ne doivent oublier que les soldats sont des Français, leurs compatriotes, leurs frères,—et que, quand il y a quelqu’un qui assassine dans une émeute, ce n’est pas celui qui se bat à découvert et après avoir essuyé les insultes et les projectiles de tout genre, mais bien celui qui à l’abri tire à l’improviste des coups de fusil sur des soldats qui passent l’arme au bras.—Qu’on se rappelle seulement combien de vieux soldats, respectés par la mort pendant trente ans sur les champs de bataille,—ont succombé dans les rues de Paris—sous la balle d’un pistolet tiré dans le dos par un enfant.
Les journaux voudraient que nos soldats s’élevassent tous à la hauteur de ce type grotesque qu’ils ont inventé de la baïonnette intelligente, c’est-à-dire que chaque soldat, selon ses lumières, souvent plus que médiocres,—examinât les ordres qu’on lui donne avant de s’y soumettre,—c’est-à-dire qu’il fût traître à ses serments,—et qu’il se conduisît d’une façon qui le rendrait digne d’être fusillé d’après les codes militaires de tous les pays. Ils ne pensent pas—que le seul moyen qu’on n’ait rien à craindre de l’armée est qu’elle soit retenue dans les règles de la plus stricte discipline.