Qu’est devenu l’ancien serviteur dont le type se retrouve si fréquemment dans les romans et dans les comédies?—ce domestique vertueux, sensible et désintéressé, qui pleure des chagrins de ses maîtres, qui pleure de leur joie,—qui pleure en embrassant l’enfant de la maison,—qui pleure en conduisant le grand-père au cimetière,—qui pleure en suivant la petite-fille à l’autel?
Où est-il, ce domestique,—presque toujours un vieillard à cheveux blancs, qui, lorsque la fortune de ses maîtres vient à s’écrouler, pleure encore, pour qu’on lui permette de servir sans gages,—et vient, avec des larmes de joie, offrir le résultat de ses petites économies?
Sans parler des assassinats assez fréquents de maîtres par leurs domestiques dont sont remplies les colonnes de la Gazette des Tribunaux,—les domestiques n’introduisent-ils pas avec eux dans les maisons toutes sortes de dangers—et par leurs petits pillages habituels et par leurs trahisons—et par leurs complaisances intéressées, etc.?
Pourquoi la police n’impose-t-elle pas aux domestiques des livrets, comme elle en impose aux ouvriers?
Il est peut-être utile que les ouvriers présentent cette garantie, mais elle est indispensable pour les domestiques.
On introduit et on enferme avec soi dans sa maison,—dans sa famille, au milieu de sa femme et de ses enfants,—dans son intérieur, dans ses secrets,—des gens qui ne sont sous aucune surveillance spéciale,—qui ne vous donnent comme garantie que de vagues certificats arrachés le plus souvent par l’importunité à l’égoïsme et à l’insouciance,—certificats tellement insignifiants, que la plupart des maîtres ne les demandent plus et s’en rapportent au hasard.
J’ai vu une lettre d’un homme qui écrivait à un de ses amis:
«Envoyez-moi un domestique qui s’appelle Pierre.»
Un autre qui a une riche livrée disait: «Trouvez-moi un laquais qui ait: hauteur, cinq pieds quatre pouces;—épaisseur, trois pouces six lignes,—afin qu’il puisse entrer dans les habits que j’avais fait faire pour son prédécesseur.»