Beaucoup d’esprits poétiques et un peu superficiels se sont laissé séduire par tout ce que présente de gracieux le gouvernement d’une femme; ils ont rêvé une cour brillante et chevaleresque,—un nouveau règne pour les arts, pour les lettres, pour les plaisirs.—Non, non, le règne des marchands, des avocats et des bourgeois n’est pas fini, il faut qu’il ait son cours.—C’est une dynastie qui doit avoir sa durée.—Vous l’avez voulue, mes braves gens, vous l’aurez, vous la subirez, vous la garderez.—Vous savez l’histoire des grenouilles de la Fontaine;—vous avez été plus heureux qu’elles,—vous avez obtenu du premier coup des soliveaux qui vous mangent.

Faites une cour bien galante avec des noms tels que Lebœuf,—Poulle,—Martin,—Barbet,—Pierrot!

Et M. Trognon, le trouvez-vous joli? Je sais que, parodiant un mot de Sylla, on a dit de lui: Je vois dans Trognon plusieurs pépins.

Mais voulait-on parler de Pépin le Bref ou de Pépin l’auteur de un,—deux,—trois,—quatre, etc., ans de règne, qui est au contraire fort long.

Il est vrai qu’en prévision de tout ceci—M. Barbet, maire de Rouen,—est en instance près du garde des sceaux pour se faire appeler de Valmont.

Et M. Pierrot—prend tout doucement le nom de Selligny.

Les journaux de l’opposition se sont beaucoup moqués de ces changements de noms, et ils ont eu raison; mais, pendant qu’ils y étaient, ils auraient pu faire justice—de quelques dynasties bourgeoises,—qui usurpent certaines villes,—certaines rivières,—certains départements:—MM. Martin, de Strasbourg,—idem, du Nord,—Michel, de Bourges,—Dupont, de l’Eure,—David, d’Angers,—Boulay, de la Meurthe, etc.

Pendant quelque temps on a renfermé la ville ou le département conquis dans une parenthèse; quelques-uns ont déjà supprimé la parenthèse, les autres suivent sans bruit leur exemple.