AM RAUCHEN. Celui qui n’est rien—est l’égal de tout le monde.
Tous les hommes aiment le repos.
—Vous me permettrez d’en excepter quelques-uns.
—Lesquels?
—Ceux qui le possèdent.
—Pour que je ne trouve pas la discussion une chose ridicule, il faudrait qu’on me montrât un seul homme—depuis l’origine du monde, que la discussion eût fait changer d’opinion.
Souvent, par une matinée d’automne, alors qu’il fait si bon de flâner par les plaines, un fusil sur l’épaule, vous avez aperçu à l’horizon un lac immense; vous avez continué votre route, et, arrivé au point où vous aviez vu le lac, vous marchez sur l’herbe et vous ne voyez que des vapeurs qui s’exhalaient de la terre;—plus loin, vous vous êtes retourné et vous avez revu le lac avec sa surface unie.
Telle est la vie; on mourrait de désespoir quand on découvre que ce qu’on avait pris pour but de ses pensées, de ses désirs, de ses rêves, n’existe pas, ou n’est qu’un brouillard auquel la distance donne des formes gigantesques.—Mais, comme il faut marcher, entraîné que l’on est par la vie, il vient un moment où, en se retournant, on voit les mêmes prestiges, et jusqu’au bout de la route on jette de temps à autre un regard d’adieu à ce qu’on croit avoir possédé; la vie est toute dans ce qui n’est pas encore et dans ce qui n’est plus:—désirs et regrets.