Le lendemain, vers le coucher du soleil, les cloches tintèrent pour annoncer le mariage de Henreich et de Marie à la première aurore.

A ce moment, tous deux se promenaient seuls sur l’allée qui s’étend le long du Rhin.

Ils s’assirent l’un près de l’autre sur un tapis de mousse, et passèrent de longs et fugitifs instants à se regarder, à se serrer les mains sans rien dire,—tant ce qui remplissait leurs âmes était intraduisible par des paroles.

La teinte de pourpre que le soleil avait laissée à l’horizon était devenue d’un jaune pâle, et l’ombre s’avançait sur le ciel, du levant au couchant.

Tous deux comprirent qu’il fallait se quitter: Marie voulut fixer le souvenir de cette belle soirée, et montra de la main à Henreich des fleurs bleues sur le bord du fleuve.

Henreich la comprit et cueillit les fleurs, mais son pied glissa, il disparut sous l’eau; deux fois l’eau s’agita, et il reparut, se débattant, écumant, les yeux hors de la tête,—mais deux fois elle ressaisit sa proie.

Il voulut crier; mais l’eau le suffoquait. A la seconde fois qu’il reparut, il tourna un dernier regard vers la rive où était Marie, et, sortant un bras, il lui jeta les fleurs bleues qu’une contraction nerveuse avait retenues dans sa main; main ce mouvement le fit enfoncer: il disparut, l’eau reprit son cours, et le fleuve resta uni comme une glace. Ainsi mourut Henreich Frauenlob.

Pour Marie, elle mourut fille, dans une communauté religieuse.

On a traduit l’éloquent adieu de Henreich, et on a appelé la fleur bleue: vergissmeinnicht, c’est-à-dire ne m’oubliez pas.

Septembre 1842.