Mais il paraît que la justice est fort chère,—puisque malgré ces choses et bien d’autres qu’on pourrait lui reprocher, et les circonstances atténuantes du jury, et tous ces crimes à propos desquels on nous dit: «La justice informe,» après quoi il n’en est plus jamais question, pas plus que du meurtre d’Abel par Caïn, etc.;—puisque le peu que nous en avons revient à quatre millions cinq cent soixante et onze mille trois cent vingt-cinq francs. Il n’y a pas moyen de nous en donner davantage pour ce prix-là: le gouvernement y perdrait.
Il est vrai de dire que le garde des sceaux—accuse les huissiers de dévorer pour leur part plus d’un tiers des quatre millions en question,—au moyen de toutes sortes d’abus, inventés par leur ingénieuse avidité.
Il est fâcheux de voir ainsi plus qu’écorner cette pauvre somme de quatre millions cinq cent soixante et onze mille trois cent vingt-cinq francs.—Sans cela, bien des choses ne se passeraient pas comme elles se passent,—mais la France n’a pas le moyen.
EXEMPLE.—A*** un M. de Marcellange, vivant avec sa femme et sa belle-mère,—comme on vit avec une femme et une belle-mère,—c’est-à-dire assez mal,—se plaint qu’un de ses domestiques a voulu l’assassiner et le chasse.—Sa belle-mère et sa femme prennent immédiatement le domestique à leur service particulier; quelque temps après, ce domestique, Jacques Besson, tue en effet M. de Marcellange d’un coup de fusil;—il est accusé et mis en prison.—La femme de M. Marcellange envoie à ce pauvre Besson, dans la prison, un lit pour qu’il ne soit pas trop mal couché,—et un dîner par jour.
Aux débats, il est établi qu’une femme de chambre, témoin important et de plus accusée de quelques peccadilles à l’endroit de M. de Marcellange, entre autres de l’avoir un peu empoisonné, a été emmenée en Savoie et laissée là par la belle-mère.
En outre, des propos plus que singuliers sont prêtés à ces dames par plusieurs témoins.