Il me semble que voilà cependant un homme auquel on devrait la plus grande et la plus solennelle réparation.—Nullement.—Le président psalmodie d’un ton monotone:—«Ordonne que le prévenu sera mis en liberté, s’il n’est détenu pour autre cause.»

Et on le renvoie avec son honneur compromis par une accusation flétrissante,—sa tête fatiguée par l’instruction et l’anxiété, son corps malade par la prison, sa fortune et son industrie perdues par les dépenses et les pertes qui accompagnent nécessairement une accusation criminelle.

Et le procureur du roi ne lui dit pas seulement: «Pardon de vous avoir dérangé.»

Et il n’y a pour lui aucune réparation à attendre de tant de malheurs.

Je voudrais qu’on fît à ce sujet deux choses:

1º Que l’on donnât à l’acquittement, autant que possible, la publicité et l’éclat de l’accusation;—que le procureur du roi ou le président des assises—demandât pardon à l’accusé innocent, au nom de la société et de la justice;—que tous les journaux sans exception fussent chargés de dire: «Un tel, injustement accusé—de tel crime,—a été reconnu innocent.»

2º Qu’une caisse publique fût établie, sur laquelle les tribunaux décerneraient, suivant l’exigence des cas,—des indemnités à ceux qui, après une longue prévention, seraient reconnus innocents.

Eh quoi! me direz-vous? vous en parlez à votre aise. Une caisse! et avec quel argent, s’il vous plaît?

—Je vais vous le dire: tous les jours les tribunaux prononcent des amendes sur les biens des condamnés.—N’est-il pas juste que cet argent dont bénéficie le trésor soit consacré à indemniser, autant que possible,—les malheureux injustement accusés, emprisonnés et ruinés?