Dans les années précédentes des Guêpes,—j’ai adressé à M. Cousin et à M. Villemain, tour à tour ministres de l’instruction publique,—de respectueuses remontrances au sujet des choses peu vraies qu’ils ont débitées à la distribution des prix du concours général.
Il y a une de ces choses peu vraies dont je n’ai pas parlé;—c’est la tendresse mutuelle qu’éprouvent les maîtres et les élèves.
C’est une chose qu’on dit tous les ans—pour terminer dignement douze mois de guerre acharnée, de luttes, de ruses ourdies et déjouées, de perfidie et de vengeance.
Je me rappelle, à ce sujet, la petite anecdote que voici: Victor Hugo habitait avec une charmante famille le quartier des Champs-Élysées.—Un jour il descendit, le matin, l’escalier de sa maison pour aller faire une promenade et respirer sous les arbres.
Il entend un grand bruit au bas de l’escalier,—il reconnaît le bruit de ses deux petits enfants, comme une femme reconnaît le pas de son amant;—cependant ils ne reviennent ordinairement de l’école voisine qu’à quatre heures de l’après-midi et il n’est que neuf heures du matin.—Ce sont cependant bien eux,—ils se tiennent par la main, et ils montent bruyamment l’escalier—en chantant sur une sorte d’air de leur invention, sur une espèce de ton de psalmodie, les paroles suivantes:
«Le maître est mort; il n’y a pas d’école,—il n’y a pas d’école; le maître est mort,—le maître est mort, il n’y a pas d’école.»
A peine les députés partis,—les centenaires reparaissent dans les journaux,—et comme d’ordinaire,—ils lisent sans lunettes.
C’est à ce moment que les journaux, si incrédules d’ordinaire, croient à tout ce qui peut remplir leurs colonnes.—Un plaisant s’avise d’écrire à un journal (le Commerce, je crois)—qu’un navire entrant dans le port du Havre a coulé bas en frappant la tour de François Ier,—et a démoli une partie de la tour.