—En vérité, monsieur, vous m’obligez à relever une grande erreur dans ce que vous dites.—Vous prétendez ne connaître que ce qui est très-connu!—il y a pourtant, monsieur, quelque chose de bien connu que vous ne connaissez pas.
—Quelle chose?
—L’orthographe, monsieur,—et voici votre lettre.
Il y a différentes espèces de restaurateurs et de marchands de soupe, depuis le hasard de la fourchette, où, pour un sou, on plonge un trident dans une marmite de laquelle on retire, selon sa chance, un morceau de viande, un oignon, ou rien, jusqu’au Café anglais; c’est une longue échelle qui a tous ses échelons.
Il faut signaler entre ces divers restaurants le maître de pension, le chef d’institution; si vous aimez mieux, celui auquel vous confiez votre fils pour lui faire donner la ridicule éducation que je vous ai déjà plus d’une fois signalée.
M. Villemain disait à un homme d’esprit, qui s’était ruiné dans une exploitation de ce genre:
—Mon cher, votre malheur m’afflige sans m’étonner; vous avez cru qu’un maître de pension est un instituteur qui accessoirement nourrit ses élèves; vous ne seriez pas ruiné si vous aviez compris, au contraire: un maître de pension est un restaurateur qui, entre les repas, fait copier à ses élèves la Cigale et la Fourmi, de la Fontaine, et le récit de Théramène, de Racine.
C’est sur la soupe, sur le beurre qu’on peut y épargner,—sur le prix de la viande et des légumes,—sur le choix d’un vin qui supporte beaucoup d’eau, que devait se baser votre spéculation, que devaient se porter vos soins et vos études; vous avez fait un accessoire de ce qui est le principal,—et vous êtes ruiné.