Je ferai quelqu’un de ces jours—un petit livre sur l’éducation;—je vous dirai une bonne fois,—mes braves gens,—ce que c’est que l’éducation que vous faites donner à vos petits.

En attendant,

Les susdits marchands de soupe s’y prennent de toutes les manières pour achalander leurs établissements:—à la manière de ces escamoteurs des boulevards, qui essayent de détourner votre attention de leurs mains—par des paroles pressées,—tandis qu’ils font disparaître la muscade.

Les marchands de soupe,—dits maîtres de pension,—tâchent de vous occuper des lettres et des sciences, dont ils ne se soucient pas, pour détourner votre attention de l’affreux potage, qui est le véritable but de leur spéculation.

Ils ont, depuis quelques années, inventé de faire imprimer dans les annonces des journaux les noms de ceux de leurs innocentes victimes qui ont obtenu un prix de thème ou un accessit de vers latins,—ces deux choses ridicules auxquelles on consacre tristement plusieurs années de la vie des enfants.

Les pauvres enfants voient leurs noms imprimés—entre les annonces honteuses du docteur Charles Albert—et la pommade mélaïnocome.

Il y a des parents qui trouvent cela charmant.

J’entends chaque jour parler avec terreur de toutes sortes de dangers—métaphoriques:—les chaînes de la tyrannie et l’hydre de l’anarchie sont tour à tour déclarées imminentes;—on parle,—on écrit, on dispute pour les prévenir.

Je ne sais pourquoi, au milieu de ce bruit,—je réserve mes craintes pour des dangers plus immédiats;—de même que je n’aime pas à me laisser prendre à des espérances trop lointaines,—ayant depuis longtemps remarqué qu’il en est des bonheurs comme des perdrix: quand on les vise de trop loin, on court grand risque de ne pas les atteindre.