Cet été a été d’une âpre sécheresse;—le nombre des chiens enragés s’est singulièrement accru. On a pris à Paris quelques précautions insuffisantes;—hors de Paris, on en a pris de moins en moins à proportion de la distance,—à dix lieues de Paris on n’en prend aucune.

Je demanderai pourtant aux gens de bonne foi s’il est quelque chose de plus horrible à l’imagination que le danger d’être mordu par un chien hydrophobe?—On frémit aux récits des voyageurs qui racontent qu’ils ont, au détour d’un chemin, rencontré un ours ou un tigre,—et cependant contre ces animaux on peut se défendre, on peut combattre.—Il est des exemples qui peuvent faire espérer la victoire; dans le cas contraire, la mort est cruelle, mais elle n’excite que la compassion, et d’ailleurs elle est mêlée d’une sorte de grandeur et de noblesse—qui, sans la rendre moins terrible—la rend moins hideuse à envisager.

Mais si vous êtes attaqué par un chien enragé,—la force, le courage, l’adresse,—le sang-froid,—rien ne peut vous sauver;—vous êtes vainqueur, vous avez tué l’animal; mais il vous a, de ses dents, effleuré l’épiderme.—Eh bien! vous êtes perdu,—et vous mourez dans d’affreuses convulsions, répandant par la bouche—une écume contagieuse,—objet d’horreur, d’épouvante et de dégoût pour votre femme, pour vos enfants, pour vos amis;—un délire de bête féroce s’empare de vous,—vous mordez,—vous devenez presque un chien enragé vous-même.

C’est la mort la plus désespérée, la plus horrible de toutes les morts.

Eh bien!—chaque jour,—à chaque heure, à chaque instant vous vous exposez à ce sort épouvantable.—L’animal qui, par un funeste privilége, est, avec le loup, la seule espèce chez laquelle la rage puisse se déclarer spontanément,—cet animal,—on le donne pour jouet aux enfants,—on le laisse vaquer par la ville et par les chemins,—on le laisse se multiplier sans mesure,—on n’exige aucune responsabilité de la part de ceux qui ont des chiens.

Si l’on vous disait, cependant, qu’il court par les rues un animal dont le contact peut vous donner la fièvre, vous jetteriez les hauts cris.

S’il se répand—faussement le bruit d’une maladie contagieuse et épidémique—vous êtes frappé de terreur.

Et tous les ans—un grand nombre de personnes sont mordues par des chiens enragés, deviennent elles-mêmes hydrophobes, et meurent de la plus funeste mort.

Et on n’y fait aucune attention.

Ah! pardon: