Aujourd’hui, ceux de la première classe leur disent, à l’égard de Louis-Philippe, comme ils disaient à l’égard de Charles X: que si Louis-Philippe n’était plus roi,—les ruisseaux couleraient du café à la crème;—qu’on payerait la journée triple aux ouvriers, sans qu’ils dussent pour cela travailler; que les petits pois seraient gros comme des melons, qu’une tranche suffirait pour le dîner d’un homme,—et que les fruitiers les donneraient pour rien.—Ceux-là sont une classe éternellement bête et éternellement victime et de ceux qui possèdent et de ceux qui veulent posséder,—ceux-ci les ruant sur les autres, ce qui les amène habituellement à être pressés et écrasés entre les deux partis.
La troisième classe est inoffensive:—elle se compose de gens vaniteux, entraînés par la joie d’être audacieux sans danger.—Il y a entre eux la distance qui existe entre les esprits forts qui plaisantent ou insultent le ciel et les Titans qui l’escaladent.
Mais supposez que tout cela arrive au résultat qu’on ne prend la peine de cacher que bien juste ce qu’il faut pour que les Plougoulm ou les Partarrieu-Lafosse ne trouvent pas à mordre; supposez qu’on finisse par faire une nouvelle révolution,—il arrivera précisément ce qui est arrivé de l’autre:—un parti ou quelqu’un s’en emparera,—ce quelqu’un ou ce parti aura ses amis et sa queue,—et ce sera à recommencer.—Il y aura toujours—des avides et des envieux.—Les révolutions sont comme la loterie,—il y a cinq numéros gagnants sur quatre-vingt-dix,—conséquemment, quatre-vingt-cinq qui veulent recommencer le coup.
Pour arriver aux mêmes résultats,—il me semble qu’on paye un peu cher,—qu’on met bien de l’ardeur et qu’on joue gros jeu.—On comprend l’impétuosité du cheval de course ou du cheval de chasse, mais on ne comprendrait pas celle que manifesterait un cheval de manège tournant avec fureur toujours dans le même cercle.
L’infériorité du gouvernement actuel à l’égard de celui qui l’a précédé—vient de ce que c’est un nouveau gouvernement,—de ce qu’il a,—pour nous servir de nos comparaisons de tout à l’heure,—proclamé cinq numéros sortants de la loterie,—de ce qu’il a laissé passer les dix premiers de la queue,—et, comme il n’y a pas plus d’ambition que d’amour sans espoir,—de ce qu’il a montré qu’on pouvait gagner et qu’on pouvait arriver.
Sous ce rapport, le gouvernement qui lui succéderait serait encore pire,—attendu que les cinq numéros gagnants qu’il proclamerait, joints aux cinq de celui-ci, en feraient dix;—que les dix qu’il laisserait approcher du bureau, joints aux dix passés précédemment, en feraient vingt.