Il est bien facile pour les agitateurs—de critiquer tel ou tel acte;—mais il le serait moins d’ajouter à leur critique ce qu’ils feraient à la place du gouvernement,—de prouver qu’ils le pourraient faire, d’en déduire les conséquences nécessaires, et d’établir sans réplique qu’elles seraient bonnes.
Cette agitation furieuse contre la royauté et contre le pouvoir, qui n’aurait, en cas de succès, d’autre résultat que d’amener un autre pouvoir et une autre royauté absolument semblables, est une niaiserie.—Prenez votre temps,—ne vous occupez plus de la royauté;—faites vos plans,—présentez-les,—faites-en signer l’approbation comme vous faites signer vos projets de réforme électorale;—puis, quand vous aurez clairement établi que cette fois vous ne bercez plus les gens de contes de fées,—que vous pouvez faire le bonheur du peuple,—quand vous l’aurez prouvé d’une manière incontestable,—quand vous aurez en outre démontré que le seul obstacle, la seule digue à ces torrents de bonheur qui vont inonder le pays—est le roi Louis-Philippe ou tout autre,—que tout le monde se lève en masse,—et qu’on déclare lâches et indignes de la vie et de la liberté ceux qui ne marcheront pas,—et que le roi Louis-Philippe soit renversé, s’il ne s’en va pas de son plein gré;—et moi-même, qui ai caché ma vie dans l’herbe,—qui ai placé mes désirs et mes besoins si bas—que toutes les avidités de ce temps-ci se battent au-dessus sans pouvoir rien leur prendre,—moi-même—je saisirai alors mon innocent fusil de chasse,—et je jure sur l’honneur que je marcherai avec vous.
Mais jusque-là—il faut penser que la moitié des fautes du gouvernement viennent des obstacles dont vous jonchez sa route,—que le meilleur gouvernement du monde, aussi harcelé que celui-ci, ne ferait pas beaucoup mieux.
Mettez dans un chapeau—les noms que vous voudrez,—M. Fulchiron, mademoiselle Déjazet,—M. Chambolle, Alcide Tousez, etc., etc., tirez au hasard,—et ensuite, quel que soit le nom qui sortira de cette urne,—laissez-vous gouverner et aidez un peu ce monarque improvisé et provisoire,—je réponds que les affaires iront un peu mieux qu’elles ne vont,—jusqu’au moment où vous serez convenus de ce que vous voulez.
UN BAPTÊME. Je suis allé l’autre jour à Étretat pour une cérémonie religieuse; on bénissait un bateau appartenant à Césaire Blanquet et à Martin Glam:—on l’a appelé la GUÊPE D’ÉTRETAT.
Il y avait là un homme étranger au pays, qui, tandis que je distribuais aux enfants du pays toutes les dragées de la boutique de Pierre Paumel, me dit:
—Quelle singulière superstition!
—Pas si singulière, monsieur, lui dis-je;—si, comme les marins, vous vous trouviez sans cesse dans des situations où tous les hommes de toute la terre, réunissant leurs efforts, ne pourraient rien pour vous,—vous inventeriez un dieu pour avoir recours à lui, si on ne vous avait pas appris à le prier.